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La bisexualité masculine : ce que l'on n'ose pas vraiment dire

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 28 avr.
  • 8 min de lecture

Un homme peut regarder une femme et un homme avec le même désir. Il peut aimer profondément sa partenaire tout en ressentant une attirance pour d'autres hommes. Et pourtant, dans notre société, il sera jugé, mis en doute, sommé de choisir, ou tout simplement ignoré.

La bisexualité masculine est l'une des réalités les moins bien comprises et les plus stigmatisées de notre paysage affectif et sexuel. Moins visible que la bisexualité féminine, plus souvent niée, parfois même au sein des communautés LGBTQIA+.

Cet article est là pour mettre des mots sur ce que beaucoup vivent en silence. Pour ceux qui le vivent de l'intérieur. Pour ceux qui l'apprennent de la bouche de quelqu'un qu'ils aiment. Et pour tous ceux qui veulent comprendre sans juger.



Un double standard culturel profondément ancré

La bisexualité féminine est souvent perçue, comme acceptable. Elle est parfois même érotisée par le regard hétérosexuel masculin. On la voit dans les films, dans les publicités, dans les représentations culturelles.

La bisexualité masculine, elle, dérange. Elle bouscule une croyance fondamentale de nos sociétés occidentales : qu'un homme est soit hétérosexuel, soit homosexuel. Pas de troisième option. Pas d'entre-deux légitime.

Ce double standard n'est pas anodin. Il est le symptôme d'une construction culturelle de la masculinité qui associe le désir pour les hommes à une perte de virilité, et le désir féminin à une disponibilité érotique valorisée. Ce n'est pas la réalité. Mais c'est le message que des millions d'hommes ont intériorisé, souvent dès l'enfance, avant même d'avoir les mots pour nommer ce qu'ils ressentent.


La biphobie : rejetés des deux côtés

Les hommes bisexuels font face à une forme de discrimination particulièrement cruelle : ils sont souvent rejetés à la fois par les milieux hétérosexuels et par une partie de la communauté gay.

Du côté hétérosexuel, on entend : 'Il finira par choisir.' 'C'est juste une phase.' 'Il est gay et il ne l'assume pas encore.' Du côté gay, le scepticisme est aussi présent : 'La bisexualité masculine, ça n'existe pas vraiment.' 'C'est une étape vers le coming out complet.'

Cette double exclusion place les hommes bisexuels dans un entre-deux douloureux, sans communauté d'appartenance claire, sans modèles visibles, sans espace où exister pleinement. Et cette absence d'espace, elle a des conséquences réelles sur leur santé mentale et sur leur vie intime.


Ce que dit la science


Une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (2020) a confirmé biologiquement et de façon rigoureuse que la bisexualité masculine est une orientation sexuelle distincte et réelle, mesurable par des réponses physiologiques objectives. Les chercheurs ont mis fin à des décennies de scepticisme scientifique sur l'existence même de la bisexualité masculine. Ce n'est pas une phase. Ce n'est pas une confusion. C'est une orientation à part entière. (PNAS, Rieger et al., 2020)


La masculinité comme prison

L'un des facteurs les plus puissants derrière ce tabou est la construction sociale de la masculinité. Dans notre culture, être un homme implique encore souvent d'être désireur et non désiré par d'autres hommes. Tout désir ressenti pour un autre homme est vécu comme une menace à l'identité masculine entière.

Cette injonction est si profonde qu'elle opère souvent de façon inconsciente. Des hommes bisexuels suppriment, minimisent ou ignorent leur attirance pour d'autres hommes pendant des années, parfois toute une vie. Pas parce qu'ils ne la ressentent pas. Mais parce que la reconnaître leur semble incompatible avec qui ils sont censés être.

Le résultat est une forme d'auto-effacement identitaire qui commence tôt et qui coûte très cher sur le plan psychologique. On ne peut pas effacer une partie de soi-même sans en payer le prix quelque part.


'Et si j'étais vraiment homosexuel ?' : la question qui piège

C'est l'une des pensées les plus fréquentes chez les hommes qui commencent à reconnaître leur attirance pour d'autres hommes. Et elle est souvent paralysante.

Ressentir du désir pour un homme ne fait pas de vous un homme gay qui se ment à lui-même. Ça fait de vous un homme qui ressent du désir pour d'autres hommes, en plus ou en parallèle d'un désir pour les femmes. Ces deux choses peuvent coexister. Elles coexistent, en réalité, pour un nombre significatif d'hommes.

Mais notre culture ne nous a pas appris à penser en ces termes. Elle nous a appris une logique binaire : soit vous aimez les femmes, soit vous aimez les hommes. Alors quand un homme ressent de l'attirance pour un autre homme, la conclusion à laquelle il arrive souvent en premier est : 'Je suis peut-être gay sans le savoir.'

Ce raccourci fait des dégâts réels. Il pousse des hommes à remettre en question toute leur vie affective, à douter de la sincérité de leur amour pour leur partenaire, à se demander si tout ce qu'ils ont construit reposait sur un mensonge. Alors que ce n'est pas ce que les faits disent.

La bisexualité n'est pas une homosexualité déguisée. Ce n'est pas un état transitoire vers un coming out complet. Pour beaucoup d'hommes, c'est simplement leur réalité : une capacité d'attirance qui ne se limite pas à un seul genre, et qui n'invalide rien de ce qu'ils ont vécu ni de ce qu'ils ressentent par ailleurs.

💛 Ce que cela signifie concrètement

Aimer une femme profondément et ressentir de l'attirance pour des hommes ne sont pas deux réalités contradictoires. Elles peuvent coexister sans que l'une annule l'autre. La question n'est pas 'qui suis-je vraiment ?' mais 'est-ce que je me permets d'être tout ce que je suis ?'


Ce que vit la personne qui l'apprend

Quand une femme apprend que son partenaire est bisexuel, les réactions peuvent être très diverses. Et toutes sont légitimes.

Il y a d'abord le choc du secret. Beaucoup de femmes expriment que ce qui les blesse en premier, ce n'est pas l'orientation de leur partenaire en elle-même, c'est le fait qu'il ne l'ait pas dit. La trahison ressentie est souvent celle du silence, pas de l'identité. 'Pourquoi ne m'as-tu pas fait confiance ?' est souvent la vraie question sous le choc initial.

Il y a ensuite la remise en question de tout. 'Est-ce qu'il m'a vraiment aimée ?' 'Est-ce que notre histoire était sincère ?' 'Suis-je suffisante pour lui ?' Ces pensées arrivent vite, et elles font mal. Mais elles reposent presque toujours sur une fausse prémisse : l'idée qu'une attirance pour les hommes efface ou diminue l'amour pour elle. Ce n'est pas ce que la réalité montre.

Il y a aussi, pour certaines femmes, une peur très concrète : celle que son partenaire finisse par 'choisir'. Que la bisexualité soit une étape vers une vie différente. Cette peur est compréhensible. Elle est alimentée par des représentations culturelles qui associent encore la bisexualité masculine à l'instabilité. Mais elle n'est pas fondée sur les faits.

Ce que vivent les partenaires de ces hommes mérite d'être pris au sérieux. Leurs questions sont valides. Leur besoin de temps pour intégrer cette information est légitime. Et le chemin pour reconstruire la confiance, quand il est possible, est un chemin qui se fait à deux, avec des mots, avec du temps, parfois avec un accompagnement.


Bisexualité masculine et troubles de la sexualité : ce que la science montre

C'est un lien que l'on évoque rarement et qui mérite d'être nommé clairement. Les hommes bisexuels présentent des taux plus élevés de certains troubles sexuels. Pas parce que la bisexualité cause ces troubles. Mais parce que le contexte dans lequel elle est vécue, en particulier le silence, la honte et la stigmatisation, a des conséquences mesurables sur le corps et sur le désir.

Parmi les troubles les plus documentés : la baisse du désir sexuel, la dysfonction érectile, et une qualité de vie sexuelle globalement plus faible. Ces troubles apparaissent de manière disproportionnée dans des contextes où l'homme n'a jamais pu nommer son orientation, où il vit avec une honte intériorisée profonde, ou où il se retrouve à performer une sexualité qui n'est pas pleinement la sienne.


Ce que dit la science

Une étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine (Grabski et al., 2019) portant sur 1 486 hommes non hétérosexuels identifie l'homophobie intériorisée comme le prédicteur le plus fort de la qualité de vie sexuelle, devant même la fonction érectile. Autrement dit, la honte intériorisée fait plus de dégâts sur la vie sexuelle que les dysfonctionnements physiques eux-mêmes. Par ailleurs, une étude américaine (PMC, 2019) observe que les hommes bisexuels rapportent le niveau d'intérêt sexuel le plus bas comparé aux hommes gays et hétérosexuels, indépendamment de l'âge et de la santé physique. (Grabski et al., Journal of Sexual Medicine, 2019 ; PMC, 2019)

Ce que ces données nous disent est fondamental : les troubles sexuels chez les hommes bisexuels ne sont pas organiques dans leur grande majorité. Ils sont la conséquence directe et mesurable du tabou, du silence et de la honte. Ce sont des troubles du contexte, pas des troubles du corps.

Cela signifie aussi qu'ils sont accessibles à un accompagnement. Quand un homme peut nommer qui il est, quand il trouve un espace pour intégrer son orientation sans jugement, le corps suit souvent. La libido revient. Le désir se reconnecte. Pas systématiquement, pas magiquement. Mais le lien entre la parole et le corps est ici particulièrement fort et documenté.


La découverte tardive : quand ça arrive après des années de vie construite

Il y a des hommes qui réalisent ou nomment leur bisexualité à 35, 40, 50 ans. Après des années de mariage, d'enfants, de vie construite. Ce n'est pas rare. Et ce n'est pas un mensonge qui s'effondre.

La plupart du temps, ce n'est pas que ces hommes ne savaient pas. C'est qu'ils n'avaient pas les mots, ou qu'ils n'avaient jamais eu l'espace pour regarder en face quelque chose qu'ils avaient appris à minimiser très tôt. La découverte tardive est souvent moins une révélation qu'une acceptation enfin possible.

Pour l'homme, ce moment peut être à la fois libérateur et terrifiant. Libérateur parce que mettre un nom sur quelque chose qu'on porte depuis des années soulage d'un poids considérable. Terrifiant parce que ce nom arrive avec des questions auxquelles il n'y a pas de réponse immédiate : qu'est-ce que ça change ? Qu'est-ce que j'en fais ? Qu'est-ce que j'en dis, et à qui ?

Pour la partenaire, quand elle l'apprend, cette temporalité peut ajouter une couche supplémentaire de complexité. 'Il le savait depuis le début ?' La réponse est souvent plus nuancée que oui ou non. Et démêler cette nuance ensemble, quand c'est possible, est souvent la première étape vers une conversation vraiment honnête.


La bisexualité dans le couple : ce que ça change, et ce que ça ne change pas

Un homme bisexuel en couple hétérosexuel est statistiquement invisible. Sa relation est lue comme hétérosexuelle. Son orientation n'est pas questionnée. Et souvent, lui-même ne la nomme pas, par peur, par protection, par habitude du silence.

Mais ce silence a un coût. On ne peut pas être pleinement connu de l'autre si une partie de soi reste cachée. Et cette distance identitaire finit par affecter l'intimité du couple, parfois de manière diffuse et difficile à nommer, parfois de manière très concrète.

Ce que la bisexualité masculine ne change pas dans un couple : l'amour, le désir pour la partenaire, la sincérité de l'engagement. Ce qu'elle peut changer, quand elle est enfin nommée : la qualité de l'intimité partagée, la confiance dans l'espace du couple, et parfois la sexualité elle-même, qui se reconnecte quand le silence se lève.

Des couples traversent ça et restent ensemble. D'autres se séparent. Et dans les deux cas, la conversation honnête reste ce qui permet à chacun d'avancer, quelle que soit la direction prise.


💛 Ce que la sexothérapie peut apporter

Un espace sécurisé pour explorer son orientation sans pression de choisir ni de se justifier. Un lieu pour travailler la honte intériorisée, pour remettre en mouvement un désir bloqué par des années de silence, et pour aider le couple, si les deux le souhaitent, à traverser cette réalité avec des mots plutôt qu'avec le poids de ce qui n'a pas été dit.

Dans un prochain article, nous verrons comment aborder concrètement cette conversation avec son ou sa partenaire : comment trouver les mots, comment écouter, et comment traverser ensemble ce que le silence avait laissé sans espace.




Coralie Ménéec

Sexothérapeute et Thérapeute de couple Le Petit Q

Mieux vous connaître pour mieux (s')aimer 💛



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