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Infidélité émotionnelle : signes, causes et quoi faire | Coralie Ménéec

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 8 avr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 avr.


Il ne s'est rien passé physiquement. Pas un baiser, pas une nuit ensemble. Et pourtant vous savez que quelque chose a changé. Il ou elle rentre le soir, différent. Il y a ce téléphone retourné sur la table. Cette façon de sourire à des messages. Ce prénom qui revient un peu trop souvent dans les conversations.

Ou peut-être que c'est vous. Vous qui pensez à quelqu'un d'autre. Vous qui lui confiez des choses que vous ne dites plus à votre partenaire. Vous qui attendez ses messages avec une impatience que vous ne ressentez plus pour votre couple.


Rien ne s'est passé. Mais quelque chose se passe.

L'infidélité émotionnelle est l'une des formes de trahison les plus difficiles à nommer, précisément parce qu'elle ne laisse aucune preuve tangible. Et pourtant, pour beaucoup de personnes, elle blesse autant, voir parfois plus qu'une infidélité physique.


L'infidélité émotionnelle
L'infidélité émotionnelle : est-ce vraiment tromper ?

Qu'est-ce que l'infidélité émotionnelle exactement ?

Il n'existe pas de définition universelle. Et c'est précisément ce qui en fait un sujet si complexe et si chargé dans les couples.

De façon générale, on parle d'infidélité émotionnelle quand une personne investit dans une relation extérieure au couple une intimité émotionnelle, une connexion ou une disponibilité qui devraient normalement être réservées à son partenaire, du moins c'est ainsi que je la défini.

Ce n'est pas avoir un ou une ami(e) proche. Ce n'est pas apprécier quelqu'un d'autre. C'est quand cette relation extérieure commence à prendre une place qui empiète sur la relation principale, consciemment ou non.

Les signes qui distinguent une amitié d'une infidélité émotionnelle sont souvent dans les détails :

  • Vous cachez l'existence ou l'intensité de cette relation à votre partenaire

  • Vous lui confiez des choses que vous ne dites plus à votre couple

  • Vous fantasmez sur une vie avec cette personne

  • Vous vous sentez plus compris(e), plus vivant(e), plus vous-même avec elle

  • Vous comparez et votre partenaire perd la comparaison

💡 Ce que dit la science Shirley Glass, psychologue clinicienne et autrice de Not "Just Friends" (2003), a interviewé des centaines de personnes ayant vécu ou causé une infidélité. Ses recherches montrent que 82 % des infidélités commencent dans des contextes d'amitié ou de relation professionnelle et que dans 55 % des cas, elles restent émotionnelles sans jamais devenir physiques. Elle identifie trois caractéristiques de l'infidélité émotionnelle : l'intimité émotionnelle croissante, le secret, et l'attraction sexuelle.


Pourquoi l'infidélité émotionnelle fait-elle autant souffrir ?

Pour certaines personnes (les études montrent que c'est particulièrement vrai pour les femmes), une infidélité émotionnelle est vécue comme plus menaçante qu'une infidélité physique.

La raison est profonde : elle touche à quelque chose de plus fondamental que le corps. Elle touche à la connexion. À l'intimité. À ce sentiment d'être la personne la plus importante pour l'autre.

Quand votre partenaire partage avec quelqu'un d'autre ses pensées, ses peurs, ses rires, ses doutes, les choses qu'il ou elle ne vous dit plus : c'est le cœur de la relation qui est atteint.

Une infidélité physique peut être compartimentée. "C'était du sexe, pas de l'amour." Cette phrase, vraie ou non, permet parfois de préserver le sens du lien émotionnel.

Une infidélité émotionnelle ne peut pas être compartimentée de la même façon. Elle dit quelque chose sur ce qui manquait et sur ce que l'autre est allé chercher ailleurs.



💡 Ce que dit la science : Buss et al. (1992) ont mené une série d'études sur la jalousie et la détresse liée à l'infidélité. Leurs résultats montrent une différence significative entre hommes et femmes : les femmes rapportent une détresse plus intense face à l'infidélité émotionnelle, tandis que les hommes réagissent plus fortement à l'infidélité sexuelle. Cette différence s'expliquerait par des mécanismes évolutifs liés à la certitude de la paternité et à la sécurité de l'investissement parental, mais elle est aussi fortement modulée par la culture et les valeurs individuelles


La zone grise : où se trouve la frontière ?

C'est la question qui revient le plus souvent en cabinet. Et ma réponse est toujours la même : la frontière n'est pas universelle. Elle est définie par le couple.

Ce qui est une amitié normale pour l'un est une trahison inacceptable pour l'autre. Et ces deux positions peuvent être valides simultanément (ce qui rend la conversation d'autant plus nécessaire).

Voici quelques questions qui aident à situer où on en est :


-Est-ce que je cacherais cette relation ou son intensité à mon partenaire ? Le secret est presque toujours le signal le plus clair. Quand on commence à cacher, on sait déjà.

-Est-ce que je lui dis des choses que je ne dis plus à mon partenaire ? L'intimité émotionnelle qui se déplace — pas qui s'ajoute, qui se déplace — est un signal.

-Est-ce que je compare ? "Avec lui/elle je peux parler de tout. Avec mon partenaire ce n'est plus comme ça." Cette comparaison nourrit une insatisfaction qui elle-même nourrit l'investissement dans la relation extérieure.

-Est-ce que j'anticipe ces moments avec elle/lui plus que les moments avec mon partenaire ? L'anticipation, le compte à rebours, l'excitation, ces états appartiennent normalement à la relation principale.



L'infidélité émotionnelle comme symptôme

Voici quelque chose d'important que l'on peut souvent dire en séance : l'infidélité émotionnelle n'est presque jamais une cause. C'est presque toujours un symptôme.

Un symptôme de quelque chose qui manquait ou qui avait disparu dans la relation principale.

Pas nécessairement de l'amour. Souvent de la connexion. De la reconnaissance. Du sentiment d'être vraiment vu(e). D'être désiré(e) non pas comme un rôle de parent, de conjoint, ou collègue mais comme une personne entière.


L'infidélité émotionnelle survient souvent dans des relations où les deux partenaires fonctionnent encore bien ensemble mais où quelque chose d'essentiel s'est silencieusement éteint. La conversation intime. La complicité. L'espace pour être vulnérable.

Ce n'est pas une excuse. C'est une information.

Et cette information si elle peut être partagée et entendue dans le couple, elle peut devenir le point de départ d'une vraie reconstruction.


💡 Ce que dit la science Perel (2017) dans The State of Affairs analyse des centaines de cas d'infidélité, émotionnelle et physique. Elle observe que les personnes qui s'engagent dans une relation émotionnelle extérieure au couple ne cherchent pas toujours une autre personne. Elles cherchent souvent une autre version d'elles-mêmes celle qui existait avant les responsabilités, avant la routine, avant que la relation devienne principalement fonctionnelle. "Ce n'est pas que l'autre manque à leurs côtés. C'est qu'ils se manquent à eux-mêmes."

Que faire quand ça arrive de l'un ou l'autre côté

Si c'est vous qui vivez cette relation émotionnelle extérieure :

La première question honnête est : qu'est-ce que cette relation vous donne que vous n'avez plus dans votre couple ? Pas pour justifier. Pour comprendre. Ce besoin non comblé est-il quelque chose qui pourrait être adressé dans votre relation principale ? Avez-vous essayé de le demander ?

La deuxième : êtes-vous prêt(e) à être honnête avec vous-même sur ce que vous voulez vraiment ? Parfois l'infidélité émotionnelle est le signe que la relation principale ne vous convient plus et que vous avez besoin d'un espace pour le réaliser avant d'agir.


Si c'est votre partenaire :

La tentation est de se concentrer sur "qui est cette personne" et "qu'est-ce qui s'est passé." Ce sont des questions compréhensibles. Mais les questions plus utiles sont : "Qu'est-ce qui lui manquait ici ?" et "Est-ce que je veux et peux adresser ça ?"

Ces questions sont douloureuses. Elles demandent de mettre sa propre blessure entre parenthèses le temps de comprendre ce qui est difficile, parfois impossible seul(e).


Dans les deux cas :

Cette conversation si elle doit avoir lieu mérite un cadre sécurisé. Pas dans un moment de crise émotionnelle. Avec le temps, et souvent avec l'aide d'un(e) thérapeute pour tenir l'espace.



Trois questions pour vous

1. Y a-t-il dans votre vie actuelle une relation amicale, professionnelle dans laquelle vous investissez une intimité que vous n'investissez plus dans votre couple ? Pas pour culpabiliser. Pour voir honnêtement.

2. Si votre partenaire lisait l'intégralité de vos échanges avec cette personne comment vous sentiriez-vous ? La réponse à cette question dit souvent tout.

3. Qu'est-ce que vous cherchez dans cette relation que vous n'osez pas demander ailleurs ? Cette question mérite d'être posée avec douceur et sans réponse précipitée.



Ce que je voudrais que vous reteniez

L'infidélité émotionnelle n'est pas moins réelle parce qu'elle est invisible. Elle n'est pas moins douloureuse parce qu'elle n'a pas de preuve.

Mais elle peut aussi être le signal le plus honnête qu'un couple ait reçu depuis longtemps si les deux ont le courage de l'écouter comme tel.

Ce n'est pas une fin. C'est parfois une invitation à une conversation qui aurait dû avoir lieu bien avant.



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Coralie Meneec — Sexothérapeute & Thérapeute de couple

Le Petit Q — Mieux vous connaître pour mieux aimer 💛



Sources : Glass S. (2003). Not "Just Friends". Free Press. | Buss D.M. et al. (1992). Sex differences in jealousy. Psychological Science. | Perel E. (2017). The State of Affairs. Harper.

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