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Le masculinisme et les relations amoureuses : ce que la sexothérapie observe

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 29 avr.
  • 5 min de lecture

De plus en plus d'hommes arrivent en consultation avec des discours issus des milieux masculinistes. Red pill. Incel. MGTOW. Les termes varient, mais le fond est souvent le même : une méfiance profonde envers les femmes, une conviction que les hommes sont les vraies victimes de la société moderne, et une rigidité dans les rôles de genre qui rend toute relation intime complexe.

Cet article n'est pas un réquisitoire contre ces hommes. Ce sont des personnes qui souffrent, et cette souffrance mérite d'être entendue.

C'est un regard clinique et bienveillant sur ce que ces discours font, concrètement, aux relations amoureuses. Ce que j'observe en consultation. Et ce qui peut changer.


D'où vient le masculinisme ? Comprendre avant de juger

Le masculinisme contemporain est né dans les années 2010, principalement en ligne, en réaction à ce que ses tenants perçoivent comme une marginalisation des hommes dans la société féministe.

Ce qui est important de comprendre, c'est que ce mouvement ne surgit pas du vide. Il s'ancre dans une réalité : des hommes qui se sentent perdus, inutiles, rejetés. Des hommes à qui personne n'a jamais appris à identifier leurs émotions, à demander de l'aide, à construire une intimité authentique.

Le masculinisme capte cette souffrance réelle et lui propose une explication simple et un ennemi désigné. C'est le mécanisme classique de toute idéologie populiste, appliqué à la vie intime.


Le masculinisme contemporain est né dans les années 2010, principalement en ligne, en réaction à ce que ses tenants perçoivent comme une marginalisation des hommes dans la société féministe.

Ce que dit la science

Une étude publiée dans Psychology of Men & Masculinities (Vandello & Bosson, 2013) décrit la masculinité comme un statut précaire, constamment à prouver et à défendre, contrairement à la féminité perçue comme plus stable. Cette précarité du statut masculin est l'un des terrains sur lesquels prospèrent les idéologies masculinistes, qui offrent des rituels de preuve et des communautés d'appartenance.


Ce que l'on observe en consultation : les patterns récurrents

La méfiance comme position par défaut

Les hommes fortement influencés par les discours masculinistes arrivent souvent en consultation avec une conviction ancrée : les femmes sont manipulatrices, intéressées, incapables d'amour authentique. Cette méfiance n'est pas une opinion qu'ils peuvent mettre de côté facilement. Elle structure leur perception de chaque interaction avec leur partenaire.

Concrètement, cela se traduit par une difficulté à croire que leur partenaire les aime vraiment. Chaque marque d'affection est lue à travers le filtre de la manipulation potentielle. Chaque conflit devient la preuve que la femme cherche à dominer ou à contrôler.

La transaction comme modèle relationnel

Dans la pensée red pill, la relation amoureuse est fondamentalement transactionnelle. L'homme apporte des ressources, du statut, de la protection. La femme apporte de l'attractivité, de la disponibilité sexuelle, du soin domestique. Quand les deux parties remplissent leur rôle, la relation fonctionne.

Ce modèle est profondément incompatible avec ce que la recherche en psychologie des couples identifie comme les fondements d'une relation épanouie : la réciprocité émotionnelle, la vulnérabilité partagée, l'intimité construite dans le temps.

La domination comme langage de l'amour

Pour certains hommes influencés par le masculinisme, prendre le contrôle de la relation, imposer des décisions, limiter l'autonomie de leur partenaire est vécu comme une expression d'amour et de protection. Cette dynamique, en sexothérapie de couple, est l'une des plus difficiles à dénouer, parce qu'elle est perçue comme légitime par celui qui l'exerce.


Ce que dit la science

Une revue de littérature publiée dans Aggression and Violent Behavior (Bates, 2020) analyse les liens entre l'adhésion aux idéologies incel et masculinistes et les comportements de contrôle dans les relations intimes. Les résultats montrent une corrélation significative entre l'adhésion à ces croyances et les comportements de coercition relationnelle, de surveillance et d'isolement du partenaire.


Ce que ça fait à la partenaire

La partenaire d'un homme fortement masculiniste vit souvent une expérience d'érosion progressive. Au début, les comportements peuvent paraître protecteurs, même séduisants. Avec le temps, l'espace personnel se réduit. Les opinions deviennent des provocations. L'autonomie devient une menace.

Ce que j'entends fréquemment en consultation de la partenaire : je n'ai plus l'impression d'exister comme une personne, seulement comme un rôle à remplir. Je marche sur des œufs. Je ne sais plus qui je suis en dehors de cette relation.

Ces mots résonnent avec ce qu'on observe dans les dynamiques de violence psychologique, même lorsqu'il n'y a pas d'intention consciente de nuire de la part de l'homme.


Ce qui peut changer : le rôle de la sexothérapie

La question qui se pose alors est : peut-on travailler avec un homme fortement masculiniste ? Et si oui, comment ?

La réponse est oui, sous certaines conditions.

L'entrée par la souffrance, pas par l'idéologie

Confronter directement un homme à ses croyances masculinistes en début de thérapie est généralement contre-productif. Ce que j'observe, c'est que la porte d'entrée la plus efficace est la souffrance réelle : la solitude, le sentiment d'échec relationnel, l'insatisfaction profonde malgré le respect apparent des règles du jeu masculiniste.

Quand un homme sent que son système de croyances ne lui apporte pas ce qu'il promet, une ouverture devient possible.

Travailler sur l'attachement

La majorité des hommes qui adhèrent aux idéologies masculinistes présentent des styles d'attachement insécures, le plus souvent évitant ou anxieux. Le travail sur l'attachement, sur la capacité à recevoir et à donner de l'affection sans que cela menace l'identité, est souvent au cœur du processus thérapeutique.

Réintroduire la vulnérabilité comme force

C'est paradoxalement le travail le plus libérateur pour ces hommes. Découvrir qu'on peut être vulnérable sans être détruit. Que demander de l'aide n'est pas une faiblesse mais une compétence. Que l'intimité authentique, celle qui nourrit vraiment, demande exactement ce que le masculinisme interdit.


Ce que dit la science

Une étude publiée dans le Journal of Marital and Family Therapy (Mahalik et al., 2003) montre que les hommes qui ont pu remettre en question les normes de masculinité rigides dans un contexte thérapeutique rapportent une amélioration significative de leur satisfaction relationnelle et de leur bien-être psychologique. Le changement est possible, et il est documenté.


Un mot pour les partenaires

Si vous lisez cet article parce que votre partenaire présente ces comportements : vous n'êtes pas responsable de ses croyances. Et vous n'avez pas à rester dans une relation qui vous efface.

La thérapie de couple peut être utile, mais seulement si les deux partenaires sont dans une démarche sincère. Si votre partenaire refuse toute remise en question, une thérapie individuelle peut vous aider à clarifier ce que vous voulez pour vous-même.

Votre autonomie, votre perception de vous-même, votre capacité à exister comme sujet dans votre propre vie : ce sont des choses qui méritent d'être protégées.



Le masculinisme et les relations amoureuses, c'est une rencontre entre une idéologie de la méfiance et le territoire le plus vulnérable qui soit : l'intimité.

Ce que la sexothérapie observe, c'est que ces hommes ne sont pas condamnés à leurs croyances. Mais le chemin vers une relation plus libre, plus honnête, plus nourrissante pour les deux partenaires passe nécessairement par un travail sur soi que les idéologies masculinistes interdisent précisément.

Et c'est exactement ce type de travail que la thérapie rend possible.



Coralie Ménéec

Sexothérapeute et Thérapeute de couple

Le Petit Q

Mieux vous connaître pour mieux (s') aimer 💛


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