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Pourquoi on répète les mêmes schémas amoureux (et comment en sortir)

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 4 avr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 avr.


Vous avez quitté quelqu'un parce que la relation était trop étouffante, trop fusionnelle, trop instable. Et quelques mois ou quelques années plus tard, vous vous êtes retrouvé(e) dans exactement la même dynamique avec quelqu'un de complètement différent.

Ou à l'inverse : vous quittez des gens stables, disponibles, bienveillants parce qu'ils vous semblent "trop faciles", "sans étincelles", "pas assez excitants."

Ce n'est pas de la malchance. Ce n'est pas "votre type." Ce n'est pas une coïncidence.

C'est un schéma. Et les schémas ont une origine.


Vous avez quitté quelqu'un parce que la relation était trop étouffante, trop fusionnelle, trop instable. Et quelques mois ou quelques années plus tard, vous vous êtes retrouvé(e) dans exactement la même dynamique avec quelqu'un de complètement différent.

Pourquoi le familier ressemble à de l'amour

Le cerveau humain est, entre autres choses, une extraordinaire machine à reconnaître des patterns. Dès la petite enfance, il apprend à identifier les dynamiques relationnelles qui définissent son environnement affectif les façons dont les adultes autour de lui se comportent, ce qu'il faut faire pour obtenir de l'amour et de l'attention, ce à quoi ressemblent les relations importantes.

Et il stocke tout ça comme des références. Des modèles de ce que l'amour ressemble ou devrait ressembler.

À l'âge adulte, quand on rencontre quelqu'un, le cerveau fait une chose très précise : il compare. Est-ce que cette personne, cette dynamique, ces sensations ressemblent à quelque chose de connu ? Et quand elles ressemblent au familier même si ce familier était douloureux il se sent à sa place. Il reconnaît quelque chose.

C'est ce qu'on appelle la compulsion de répétition un concept décrit par Freud et approfondi par des décennies de psychologie clinique. Et c'est pour ça que des gens qui ont grandi dans des environnements affectifs instables, peu disponibles, ou imprévisibles reproduisent souvent ces mêmes dynamiques dans leurs relations adultes.

Pas parce qu'ils le veulent. Pas parce qu'ils s'aiment peu. Mais parce que le familier ressemble à de l'amour pour leur système nerveux. Même quand il fait mal.


💡 Ce que dit la science Les travaux de Jeffrey Young sur la thérapie des schémas (1990) ont formalisé ce mécanisme. Young identifie des schémas précoces inadaptés des croyances profondes et inconscientes sur soi-même et les autres, formées dans l'enfance en réponse à des besoins non satisfaits. Ces schémas opèrent comme des filtres : ils influencent qui on attire, qui on trouve attirant, et comment on se comporte dans une relation. Les plus fréquents en contexte amoureux : schéma d'abandon, schéma de dévalorisation, schéma de fusion, et schéma de méfiance.


Les trois schémas les plus fréquents en consultation


Le schéma d'abandon "Les personnes que j'aime finissent toujours par partir"

Ce schéma naît souvent dans une enfance marquée par des pertes réelles (décès, divorce, séparations), des absences répétées, ou une présence adulte physique mais émotionnellement absente.

Adulte, la conviction inconsciente est la suivante : l'abandon est inévitable. Alors mieux vaut le surveiller, le prévenir, le provoquer avant de le subir. Résultats concrets : on s'attache très vite et très fort, on est hyper-sensible aux moindres signaux de distanciation, on peut saboter des relations saines parce qu'attendre que l'autre parte est insupportable et que partir soi-même donne l'illusion du contrôle.

Ce schéma est souvent à l'origine des jalousies chroniques, des angoisses d'abandon envahissantes, et des relations vécues comme une course permanente pour sécuriser l'amour de l'autre.


Le schéma de dévalorisation "Je ne suis pas fondamentalement aimable"

Ce schéma se forme souvent dans des contextes où l'enfant a été critiqué, comparé défavorablement, mal aimé, ou a simplement absorbé le message parfois implicite qu'il n'était pas assez bien.

Adulte, la conviction profonde est que quelque chose cloche fondamentalement en soi. Et cette conviction a une conséquence très particulière sur les relations : on attire et on reste avec des partenaires qui confirment la croyance. Quand quelqu'un nous aime vraiment, on n'y croit pas. On pense qu'il ou elle doit se tromper, ou qu'il ou elle ne nous connaît pas vraiment encore. Les personnes qui nous traitent bien nous semblent suspectes. Celles qui nous traitent mal nous paraissent "honnêtes."



Le schéma de fusion "Je n'existe que dans la relation"

Ce schéma se développe souvent dans des familles où les frontières individuelles étaient floues, où l'enfant portait les émotions des adultes, ou où l'identité individuelle était peu encouragée.

Adulte, la relation prend une place démesurée dans la construction de l'identité. On s'oublie dans l'autre, progressivement et sans s'en rendre compte. On adapte ses goûts, ses opinions, ses amis, son emploi du temps à ceux du partenaire. Et quand la relation se tend ou se termine, c'est une partie de soi-même qui s'effondre avec.


💡 Ce que dit la science Une étude de Baldwin & Fehr (1995) a montré que les représentations des relations d'attachement les "modèles internes opérants" de Bowlby sont activées de façon automatique et pré-consciente dans les situations relationnelles nouvelles. Autrement dit : on évalue les partenaires potentiels à l'aune de nos expériences passées avant même d'en être conscient(e). Ce mécanisme explique l'attraction récurrente pour le même "type" de partenaire même quand on pense avoir fait des choix complètement différents.

Pourquoi les personnes stables semblent ennuyeuses

C'est l'un des paradoxes les plus douloureux de la psychologie des schémas et l'un des moins bien compris.

Quelqu'un qui a grandi dans l'instabilité affective a développé une sensibilité neurologique à l'adrénaline relationnelle. L'incertitude, le souffle chaud-froid, l'anxiété de ne pas savoir si l'autre est là ou pas tout ça active le système de récompense dopaminergique. Et ce niveau d'activation ressemble à de l'amour.

Une personne stable, disponible, prévisible dans sa bienveillance ne provoque pas cette activation. Elle ne génère pas l'adrénaline du non-dit, de l'ambiguïté, de la reconquête permanente. Alors elle semble ennuyeuse. Plate. "Sans étincelles."

Ce n'est pas qu'elle ne convient pas. C'est que son registre émotionnel ne correspond pas au schéma familier.

Et choisir cette personne c'est exactement ce que le schéma empêche.


Comment en sortir vraiment

Il n'existe pas de chemin court. Mais il existe un chemin.


La première étape : nommer le schéma. Voir ce qui se répète. Sans jugement, sans culpabilité. Juste avec honnêteté. "Dans mes relations importantes, il y a souvent ce pattern : je me retrouve à courir après quelqu'un d'inaccessible. Ou à fuir quelqu'un de disponible. Ou à disparaître dans l'autre." Nommer, c'est déjà commencer à voir de l'extérieur.


La deuxième étape : comprendre d'où ça vient. Pas pour accuser vos parents, votre passé, ou les circonstances. Mais pour comprendre que ce qui se répète a une logique. Que votre schéma était une réponse intelligente à un environnement particulier. Et que vous n'êtes plus dans cet environnement.


La troisième étape et c'est souvent la plus difficile : tolérer l'inconfort de faire différemment. Choisir quelqu'un de stable quand on a l'habitude de l'instabilité ressemble au début à choisir quelqu'un de moins bien. La relation semble moins intense, moins "réelle." C'est le schéma qui parle pas la réalité.

Faire différemment demande de traverser cet inconfort. De rester alors que tout en soi dit "ce n'est pas ce que je connais." Et de lui laisser le temps de ressembler à quelque chose de nouveau.

💡 Ce que dit la science Young, Klosko & Weishaar (2003) ont développé la thérapie des schémas spécifiquement pour travailler sur ces patterns précoces résistants. Elle combine le travail cognitif (identifier et remettre en question les croyances), le travail émotionnel (accéder aux émotions liées aux expériences d'origine), et le travail comportemental (modifier progressivement les patterns relationnels). Des études montrent son efficacité pour les troubles de la personnalité et les patterns relationnels chroniques, même quand d'autres approches ont échoué.

Trois questions pour explorer vos schémas

1. Regardez vos deux ou trois relations les plus marquantes y a-t-il un fil commun ? Une dynamique similaire, un rôle que vous jouez, une façon dont ça se termine ? Ce fil commun, c'est le schéma. Pas une coïncidence.

2. Qu'est-ce que vous ressentez quand quelqu'un est clairement disponible et bienveillant envers vous dès le début ? Si la réponse est "méfiance", "ennui", ou "quelque chose ne va pas chez cette personne" c'est le schéma de dévalorisation qui parle.

3. Que se passerait-il si vous choisissiez la stabilité plutôt que l'intensité pour une fois ? Pas pour toujours. Juste pour voir ce qui se passe quand on laisse quelque chose de différent exister.


Ce que je voudrais que vous reteniez

Répéter des schémas douloureux ne dit pas que vous vous aimez peu. Ça dit que votre cerveau fait ce pour quoi il est conçu : chercher le familier. Et que le familier, pour vous, ressemble à quelque chose qui fait peut-être plus mal que bien.

Sortir du schéma n'est pas une question de volonté. C'est une question de compréhension, de travail, et souvent d'accompagnement. Parce qu'on ne peut pas voir facilement ce qu'on est en train de faire depuis l'intérieur.

Mais voir, nommer, comprendre c'est déjà un commencement.



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Coralie Meneec — Sexothérapeute & Thérapeute de couple

Le Petit Q — Mieux vous connaître pour mieux aimer 💛



Sources : Young J.E. (1990). Cognitive Therapy for Personality Disorders. Professional Resource Exchange. | Young J.E., Klosko J.S. & Weishaar M.E. (2003). La thérapie des schémas. De Boeck. | Baldwin M.W. & Fehr B. (1995). On the instability of attachment style ratings. Personal Relationships. | Freud S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. Gallimard.

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