Pourquoi vous simulez l'orgasme
- Coralie Meneec
- 30 mars
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 avr.
50 à 70 % des femmes ont déjà simulé l'orgasme. Certaines le font à l'occasion. D'autres, depuis des années, à chaque rapport.
Et pourtant, personne n'en parle. Ni à son partenaire. Ni à son médecin. Ni à ses amies les plus proches.
Parce que la simulation, c'est un des secrets les mieux gardés de la vie intime. Et un secret qui, sans qu'on s'en rende vraiment compte, coûte très cher.

Pourquoi on simule — les vraies raisons
La première chose que je dis à mes patientes quand elles me confient qu'elles simulent, c'est ceci : vous n'êtes pas seule, et vous n'êtes pas mauvaise.
La simulation n'est pas de la manipulation. Ce n'est pas un mensonge malveillant. C'est presque toujours une stratégie d'adaptation souvent bienveillante, parfois protectrice, toujours compréhensible. Voici les raisons que j'entends le plus souvent en cabinet.
Pour protéger l'autre. "Il faisait tellement d'efforts, je ne voulais pas le blesser." La simulation comme cadeau mal emballé. Comme une forme de gentillesse qui se retourne contre soi.
Pour en finir. La fatigue physique ou émotionnelle, l'inconfort, l'envie que le rapport se termine sans avoir à le demander ou à l'expliquer. La simulation comme sortie de secours.
Par honte de ne pas jouir. "Je pensais que quelque chose clochait en moi. Alors j'imitais ce que les autres semblaient vivre naturellement." La simulation née de la conviction d'être anormale une conviction souvent entretenue par des représentations irréalistes de la sexualité féminine.
Par peur du conflit ou de blesser. "Si je dis que ça ne me convient pas, il va se sentir nul, il va penser qu'il ne me plaît plus." La simulation comme évitement d'une conversation qui fait peur.
Parce qu'on ne sait pas comment dire autrement. Personne ne nous a appris à exprimer nos besoins sexuels. L'éducation sexuelle s'arrête à la biologie de la reproduction, rarement à la communication intime. La simulation comble ce vide maladroitement, mais logiquement.
Ces raisons sont humaines. Je ne juge personne. Mais elles ont des conséquences que la plupart n'anticipent pas quand elles commencent.
💡 Ce que dit la science Muehlenhard & Shippee (2010) ont mené une étude sur les raisons de la simulation de l'orgasme chez les femmes. Leurs résultats montrent quatre catégories principales : raisons altruistes (ne pas blesser le partenaire), raisons liées à l'affect négatif (anxiété, honte), raisons instrumentales (mettre fin au rapport), et raisons liées à l'excitation (maintenir l'état d'excitation). Cette étude révèle que la simulation est rarement anodine psychologiquement, elle s'accompagne presque toujours d'une forme de détresse intérieure non exprimée.
Ce que la simulation vous coûte vraiment
Elle vous prive de votre propre plaisir
C'est l'évidence, mais elle mérite d'être dite clairement et sans euphémisme : si vous simulez, vous ne recevez pas la stimulation dont vous auriez besoin pour jouir réellement. Et à force de signaler que ce qui se passe vous convient alors que ce n'est pas le cas, vous renoncez à la possibilité que ça change.
Plus vous simulez longtemps, plus le gouffre entre ce que vous vivez et ce dont vous auriez besoin se creuse. Et plus il devient difficile d'en sortir.
Elle entretient le problème
Votre partenaire croit que ce qu'il ou elle fait fonctionne. Parce que vous avez dit avec votre corps et vos sons que c'était le cas. Alors il ou elle continue exactement comme ça. Et vous continuez à simuler.
C'est un cercle vicieux parfaitement bien huilé, entretenu par le silence des deux côtés. Aucun des deux ne reçoit ce dont il a vraiment besoin : vous ne recevez pas la stimulation adaptée, et votre partenaire ne reçoit pas le vrai retour qui lui permettrait de mieux vous rejoindre.
Elle crée une distance invisible mais réelle
Il y a quelque chose de profondément solitaire dans le fait de jouer un rôle avec la personne qu'on aime. On est là physiquement. On n'est pas là vraiment. Et cette présence-absence finit par s'installer ailleurs aussi dans la tendresse, dans la communication, dans la connexion générale.
Beaucoup de femmes qui simulent depuis longtemps décrivent un sentiment d'étrangeté dans leur relation intime comme si elles regardaient quelque chose de l'extérieur, sans vraiment y participer.
Elle nourrit la honte et l'isolement
Plus on simule longtemps, plus il est difficile d'arrêter. Comment expliquer, après six mois ou six ans, qu'en fait non ? La honte de n'avoir rien dit s'accumule sur la honte de ne pas jouir, qui s'accumule sur la honte de ne plus savoir comment dire la vérité. Et le silence se fait de plus en plus épais.
💡 Ce que dit la science Herbenick et al. (2018), dans une étude portant sur plus de 50 000 adultes américains, ont établi que 70 à 75 % des femmes nécessitent une stimulation clitoridienne directe pour atteindre l'orgasme et que seulement 18 % déclarent jouir de façon consistante par pénétration seule. Cette donnée anatomique fondamentale explique structurellement une grande partie des simulations : les femmes imitent un orgasme coïtal que leur corps n'est pas conçu pour produire de cette façon, dans ce contexte-là.
La vérité sur l'orgasme féminin que personne ne vous a dite
Avant d'aller plus loin, il y a quelque chose d'essentiel à comprendre et que l'éducation sexuelle aurait dû enseigner depuis longtemps.
70 à 75 % des femmes ne jouissent pas uniquement par pénétration.
Ce n'est pas un défaut. Ce n'est pas une anomalie. Ce n'est pas un problème à résoudre. C'est de la biologie établie par des études sérieuses, répliquées, menées depuis les travaux d'Helen O'Connell sur l'anatomie clitoridienne complète en 1998.
Le clitoris mesure en réalité 9 à 11 centimètres dans sa totalité — le gland visible n'en est que la partie émergée. Les deux tiers du clitoris sont internes, et la pénétration seule stimule rarement suffisamment ces structures pour produire l'orgasme.
Autrement dit : si vous n'avez jamais eu d'orgasme pendant un rapport avec pénétration, vous faites partie de la majorité silencieuse. Pas de la minorité anormale.
Le problème, c'est que la pornographie et le cinéma nous ont montré pendant des décennies une version de la sexualité féminine qui ne correspond qu'à 18 à 30 % des femmes. Et les autres les 70 à 75 % ont cru qu'elles étaient défectueuses. Alors elles ont simulé pour correspondre à un modèle qui n'était pas le leur.
Comment arrêter de simuler sans tout faire exploser
Je ne vais pas vous dire de faire une grande confession ce soir. Je sais que c'est plus compliqué que ça.
Mais voici ce que j'observe dans ma pratique, de façon presque systématique : quand une femme parvient enfin à ouvrir cette conversation avec son partenaire, la réaction de l'autre n'est presque jamais celle qu'elle craignait.
Pas de la colère. Pas du rejet. Souvent : du soulagement. De la curiosité. L'envie sincère de mieux faire.
Voici quelques pistes concrètes pour commencer, sans tout dire d'un coup.
Commencez par vous connaître vous-même. Avant de parler à votre partenaire, explorez seule ce qui vous fait du bien. Beaucoup de femmes simulent parce qu'elles ne savent pas elles-mêmes précisément ce dont elles ont besoin. Ce travail d'exploration solo est le point de départ de tout.
Guidez progressivement, sans grande déclaration. Vous pouvez commencer par déplacer doucement les mains, par dire "un peu plus là", par allonger les préliminaires. Pas de révélation fracassante requise. Juste des micro-ajustements honnêtes.
Choisissez le bon moment pour une vraie conversation. Pas pendant le rapport. Pas juste après. Un moment calme, connecté, où vous vous sentez en sécurité. Et commencez par ce qui vous ferait du bien pas par ce qui ne va pas.
Remplacez "ça ne me convient pas" par "j'adorerais qu'on essaie ça." Même message. Reçu différemment.
💡 Ce que dit la science LoPiccolo & Lobitz (1972) et Lonnie Barbach (1974) ont développé le programme de masturbation dirigée — encore aujourd'hui le gold standard pour l'anorgasmie primaire. Ce programme, qui commence par l'exploration solo progressive, affiche des taux de réussite de 80 à 90 % pour l'atteinte de l'orgasme en masturbation. Il s'appuie sur un principe fondamental : on ne peut pas partager ce qu'on ne connaît pas soi-même.
Trois questions pour aller plus loin
1. Depuis combien de temps est-ce que je simule — et quelle était la première raison ? Remonter à l'origine permet souvent de comprendre ce qui s'est passé, sans jugement.
2. Si mon partenaire savait — quelle serait, honnêtement, ma plus grande peur ? Cette peur-là est souvent le vrai obstacle. Elle mérite d'être regardée en face.
3. Qu'est-ce que je voudrais vraiment — si je pouvais le demander librement ? Prenez le temps de répondre sans censure. Pas pour partager la réponse tout de suite — juste pour vous l'autoriser.
Et si c'est plus profond que ça ?
Parfois, la simulation n'est que la surface d'une difficulté plus ancienne. Une anorgasmie primaire qui n'a jamais été diagnostiquée. Une relation au corps compliquée. Une histoire sexuelle qui a laissé des traces. Une déconnexion entre le désir intellectuel et la réponse physique.
Dans ces cas, les conseils pratiques ne suffisent pas. Il faut un espace plus sécurisé, plus approfondi, pour démêler tout ça.
C'est précisément ce que propose la sexothérapie pas comme une thérapie de la "panne", mais comme un espace pour explorer ce qui empêche le plaisir d'exister pleinement.
Ce que je voudrais que vous reteniez
Vous méritez une sexualité qui vous appartient vraiment. Pas une performance. Pas un cadeau fait à l'autre au détriment de vous-même. Pas un mensonge bienveillant qui dure depuis des années.
La simulation vous a peut-être protégée à un moment donné. Mais vous pouvez décider progressivement, à votre rythme que maintenant, vous avez envie d'autre chose.
D'une intimité où vous êtes vraiment là. D'un plaisir qui vous appartient. D'une relation dans laquelle vous n'avez pas à jouer un rôle.
Ce n'est pas trop demander. C'est exactement ce que vous méritez.
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Coralie Meneec — Sexothérapeute & Thérapeute de couple
Le Petit Q — Mieux vous connaître pour mieux aimer 💛
Sources : Herbenick D. et al. (2018). Women's experiences with genital touching, sexual pleasure, and orgasm. Journal of Sex & Marital Therapy. | LoPiccolo J. & Lobitz W.C. (1972). The role of masturbation in the treatment of orgasmic dysfunction. Archives of Sexual Behavior. | Muehlenhard C.L. & Shippee S.K. (2010). Men's and women's reports of pretending orgasm. Journal of Sex Research. | O'Connell H.E. et al. (1998). Anatomical relationship between urethra and clitoris. Journal of Urology.



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