Comment se remettre d'une tromperie le couple peut-il y résister ?
- Coralie Meneec
- 6 avr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 avr.
Il a trompé. Ou elle a trompé. Et maintenant vous êtes là, à essayer de comprendre si ce qui existait avant peut encore exister après.
La trahison est l'une des blessures relationnelles les plus dévastatrices qui soit. Elle ne détruit pas seulement la confiance, elle remet en question tout ce qu'on croyait savoir sur l'autre, sur soi, sur la relation. Les souvenirs eux-mêmes deviennent suspects. Était-ce réel ? M'aimait-il vraiment ? Ai-je été naïf(ve) tout ce temps ?
Et pourtant le couple peut survivre à une infidélité. Pas toujours. Pas facilement. Mais vraiment.
Ce qui détermine si un couple s'en remet, ce n'est pas la gravité de la trahison. C'est ce que les deux partenaires font avec elle.

Ce que l'infidélité brise vraiment
On parle souvent de la confiance comme de ce qui est détruit par la tromperie. C'est vrai mais c'est incomplet.
Ce que l'infidélité brise en réalité, c'est le récit partagé du couple. Cette histoire que vous vous racontiez sur vous deux, sur ce que vous étiez l'un pour l'autre, sur la solidité de ce que vous aviez construit. Quand la trahison est découverte, ce récit s'effondre. Et reconstruire un couple après une infidélité, c'est d'abord construire un nouveau récit pas nier l'ancien, mais en écrire un autre qui intègre ce qui s'est passé.
C'est pour cette raison que le déni ne fonctionne pas. "On n'en parle plus, on tourne la page" est l'une des erreurs les plus courantes après une infidélité. La page ne se tourne pas d'elle-même. Elle se tourne quand tout ce qui est dessus a été lu.
💡 Ce que dit la science Esther Perel, thérapeute de couple et autrice de The State of Affairs (2017), a accompagné des centaines de couples après infidélité. Ses recherches montrent que les couples qui s'en remettent le mieux ne sont pas ceux qui minimisent la trahison, ce sont ceux qui parviennent à donner un sens à ce qui s'est passé. Pas excuser. Pas oublier. Comprendre. Cette compréhension ouvre la possibilité d'une relation nouvelle, parfois plus profonde que celle d'avant.
Les trois phases de la reconstruction
Phase 1 — La crise (0 à 6 mois)
C'est la phase du choc, de la douleur brute, des questions qui n'en finissent pas. La personne trahie oscille entre l'effondrement et la fureur. La personne qui a trompé est souvent submergée par la culpabilité ou, dans certains cas, soulagée que le secret soit enfin levé.
Dans cette phase, le cerveau de la personne trahie est littéralement en état de stress post-traumatique. Les ruminations sont involontaires. Les images intrusives surgissent sans prévenir. Le besoin de savoir qui, quand, comment, combien de fois est irrépressible.
Ce qui aide dans cette phase : accepter que la crise dure. Ne pas se fixer de délai pour "aller mieux." Et si possible, ne prendre aucune décision définitive dans les premières semaines ni de rompre, ni de rester "comme avant."
Ce qui aggrave : les demi-vérités. Révéler les faits en plusieurs fois, au compte-gouttes, prolonge l'état de choc et rend la reconstruction quasi impossible. Si la décision est de tout dire, il faut tout dire une seule fois, complètement.
Phase 2 — La compréhension (6 mois à 1 an)
C'est la phase la plus difficile et la plus nécessaire. Celle où il faut comprendre pourquoi. Pas pour excuser. Pour comprendre.
Les infidélités ne naissent pas dans le vide. Elles naissent dans un contexte une distance émotionnelle installée depuis longtemps, un besoin non dit, une crise personnelle non traversée ensemble, une façon de fuir quelque chose qui faisait mal dans la relation. Comprendre ce contexte ne diminue pas la responsabilité de la personne qui a trompé. Mais ça change la nature du travail thérapeutique.
Dans cette phase, la thérapie de couple devient presque indispensable. Non pas pour décider si le couple continue mais pour créer un espace assez sécurisé pour que les deux puissent dire ce qui n'avait pas encore été dit.
Phase 3 — La décision et la reconstruction
À un moment donné, une décision doit être prise. Et cette décision doit être libre pas dictée par la peur, par la culpabilité, par les enfants, par les finances.
Rester par peur de la solitude ou des conséquences pratiques ne sauve pas un couple ça l'enterre lentement.
Partir par principe parce qu'on "ne pardonne pas ce genre de chose" sans avoir vraiment regardé ce qui s'était passé avant et ce qui était encore possible, prive parfois d'une reconstruction réelle.
La vraie question n'est pas "est-ce que je pardonne ?" La vraie question est : "Est-ce que je veux une relation avec cette personne pas la relation d'avant, une relation nouvelle ?"
💡 Ce que dit la science Une étude de Snyder, Castellani & Whisman (2006) publiée dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology a comparé deux approches thérapeutiques après infidélité : la thérapie comportementale classique et une approche centrée sur le pardon et la reconstruction du sens. Les couples ayant travaillé sur le sens de la trahison montraient une satisfaction conjugale significativement plus élevée à 1 an. Le pardon, dans ce contexte, n'est pas l'oubli c'est la décision de ne plus laisser la trahison définir le présent.
Ce que le pardon est et ce qu'il n'est pas
Le mot "pardon" est l'un des plus mal compris dans le contexte de l'infidélité. Il génère soit une pression insupportable ("tu dois pardonner si tu veux avancer"), soit un rejet catégorique ("je ne pardonnerai jamais").
Le pardon n'est pas :
Oublier ce qui s'est passé
Dire que c'était acceptable
Faire comme si ça n'avait pas eu lieu
Se soumettre à l'autre par épuisement
Le pardon est :
La décision personnelle de ne plus se laisser emprisonner par la blessure
Un processus pas un événement
Quelque chose qu'on fait pour soi, pas pour l'autre
Possible même si la relation ne continue pas
On peut pardonner et décider de partir. On peut ne pas encore pardonner et décider de rester le temps de travailler. Ces deux chemins sont valides.
💡 Ce que dit la science Les recherches de Worthington (2006) sur la psychologie du pardon montrent que le pardon a des effets mesurables sur la santé physique et mentale de la personne qui pardonne indépendamment de la décision de continuer ou non la relation. La rumination prolongée liée à la non-résolution d'une trahison est corrélée à des niveaux élevés de cortisol, de dépression, et de troubles anxieux. Pardonner, dans ce sens, est d'abord un acte de soin envers soi-même.
Les signaux qui indiquent que la reconstruction est possible
Tous les couples ne peuvent pas se reconstruire après une infidélité. Certaines situations rendent la reconstruction quasi impossible une infidélité répétée et cachée sur des années, un refus total de responsabilité, une relation déjà vide avant la trahison, une absence de remords authentique.
Mais certains signaux indiquent que la reconstruction est réellement possible :
Du côté de la personne qui a trompé :
Elle prend pleinement responsabilité sans minimiser ni se justifier
Elle accepte les questions même les mêmes posées cent fois
Elle est prête à couper tout contact avec l'autre personne
Elle comprend que la reconstruction prendra du temps et accepte ce temps
Du côté de la personne trahie :
Elle veut comprendre pas seulement punir
Elle est prête à envisager, un jour, que la relation puisse être différente
Elle accepte d'être accompagnée dans sa douleur plutôt que de la porter seule
Pour les deux :
Il y avait quelque chose de réel avant et l'envie que quelque chose de réel existe après
Ce que je veux que vous reteniez
Une infidélité ne définit pas la fin d'un couple. Elle définit une crise profonde, douloureuse, déstabilisante. Et comme toutes les crises, elle peut détruire. Ou elle peut ouvrir vers quelque chose de plus vrai.
Perel dit cette phrase que je trouve juste : "La première relation se termine. La question est : voulez-vous en commencer une deuxième avec la même personne ?"
Cette deuxième relation ne ressemble pas à la première. Elle est plus consciente. Plus honnête. Elle a intégré la blessure sans en faire son seul sujet.
Et parfois — pas toujours, mais parfois — elle est plus profonde.
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Coralie Meneec — Sexothérapeute & Thérapeute de couple
Le Petit Q — Mieux vous connaître pour mieux aimer 💛
Sources : Perel E. (2017). The State of Affairs: Rethinking Infidelity. Harper. | Snyder D.K., Castellani A.M. & Whisman M.A. (2006). Current status and future directions in couple therapy. Annual Review of Psychology. | Worthington E.L. (2006). Forgiveness and Reconciliation. Brunner-Routledge.



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