La douleur pendant le sexe, fréquente oui, normale non
- Coralie Meneec
- 15 avr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 avr.
Vous avez mal pendant le sexe. Peut-être depuis longtemps. Peut-être depuis toujours. Et vous avez fini par vous dire que c'était normal. Que c'était comme ça. Que les autres femmes géraient bien, alors vous gériez aussi.
Ce n'est pas normal. Et vous n'avez pas à gérer.
La douleur pendant le sexe touche entre 10 et 28 % des femmes au cours de leur vie. C'est l'un des troubles sexuels les plus fréquents et l'un des moins pris en charge, parce qu'il est l'un des moins dits. On souffre en silence. On simule que tout va bien. On évite progressivement l'intimité sans jamais vraiment nommer pourquoi.
Cet article est là pour nommer. Pour expliquer. Et pour dire clairement qu'il existe des solutions.

Ce qu'on appelle dyspareunie
Le terme médical est dyspareunie. Il désigne toutes les douleurs persistantes ou récurrentes liées à une tentative de pénétration ou à une pénétration effective.
Ces douleurs peuvent être superficielles ressenties à l'entrée du vagin, comme une brûlure, une déchirure, une sensation de coupure. Ou profondes ressenties dans le bas-ventre lors de pénétrations profondes, sous forme de crampes ou d'élancements.
Elles peuvent apparaître dès les premiers rapports sexuels on parle alors de dyspareunie primaire. Ou survenir après une période sans douleur dyspareunie secondaire.
Ce qui est important à comprendre : la douleur peut être légère ou sévère, occasionnelle ou systématique, liée à certaines positions ou présente dans toutes. Elle peut durer quelques secondes ou persister plusieurs heures après le rapport.
Chaque situation est différente. Et chaque situation mérite d'être évaluée.
💡 Ce que dit la science Une étude britannique de Mitchell et al. (2017) publiée dans le BJOG a établi que 7,5 % des femmes de 16 à 74 ans sexuellement actives souffrent de dyspareunie — avec des pics chez les 16-24 ans (9,5 %) et les 55-64 ans (10,4 %). Ces chiffres sont probablement sous-estimés, car moins de la moitié des femmes concernées consultent pour ce problème. La dyspareunie est souvent sous-diagnostiquée en raison de la difficulté à aborder le sujet en consultation et du manque de formation des professionnels de santé sur les douleurs sexuelles.
Les causes : pourquoi ça fait mal
La douleur pendant le sexe n'a pas une seule cause. C'est précisément ce qui rend son diagnostic parfois long et complexe. Voici les principales.
Les causes physiques superficielles
Les plus fréquentes chez les femmes non ménopausées sont les infections fongiques comme la candidose, les infections virales comme l'herpès génital, une dermatite vulvaire, ou tout simplement une sécheresse vaginale. Chez les femmes en périménopause ou ménopausées, la baisse des œstrogènes entraîne une atrophie vulvo-vaginale qui rend la pénétration douloureuse.
La période post-partum est aussi une cause fréquente et peu évoquée. Une méta-analyse de Banaei (2021) portant sur 11 457 femmes issues de 22 études montre que 42 % des femmes souffrent de dyspareunie deux mois après l'accouchement, et encore 22 % entre six et douze mois.
Les causes physiques profondes
La plus connue est l'endométriose, qui provoque des douleurs profondes lors de pénétrations profondes, la verge appuyant sur des lésions ou des nodules. La rétroversion utérine, qui concerne environ 25 % des femmes, peut également provoquer des dyspareunies profondes. Des causes non gynécologiques, intestinales, urinaires, neurologiques peuvent aussi être impliquées.
Le vaginisme
Le vaginisme est différent de la dyspareunie, même s'ils peuvent coexister. Il s'agit d'une contraction involontaire des muscles du périnée qui rend la pénétration impossible ou très douloureuse. Il peut être primaire ou secondaire, souvent déclenché par l'appréhension de la douleur elle-même ce qui crée un cercle vicieux redoutable.
Les facteurs psychologiques
La douleur qui se chronicise prend presque toujours une dimension psychologique. Non pas que la douleur soit imaginaire elle est réelle et mesurable. Mais l'anxiété anticipatoire, la peur de la douleur, les expériences douloureuses répétées et parfois un vécu traumatique contribuent à maintenir et amplifier la douleur physique.
Comme l'explique ScienceDirect dans une revue de littérature récente : quand la dyspareunie devient chronique, une hypertonie musculaire s'installe en réponse aux douleurs, augmentée par l'appréhension et l'anticipation. Le corps se contracte pour se protéger et cette contraction aggrave précisément ce qu'elle cherche à éviter.
💡 Ce que dit la science Une publication récente de Brichant et al. (2023) de l'Université de Liège rappelle que la dyspareunie féminine n'est pas un simple trouble fonctionnel. Elle implique le plus souvent une intrication de causes organiques et psychologiques, et nécessite une approche multidisciplinaire. Les auteurs insistent sur l'importance d'une écoute attentive et bienveillante dès la première consultation car la qualité de la relation thérapeutique influence directement l'issue du traitement.
Ce que la douleur fait à la sexualité et au couple
La dyspareunie non prise en charge ne reste presque jamais isolée. Elle se propage.
Elle provoque progressivement une évitement de l'intimité. Une anticipation anxieuse de chaque rapport. Une dissociation pendant le sexe le corps présent, l'esprit ailleurs pour ne pas sentir. Une perte de désir qui n'est pas un manque d'amour pour son partenaire, mais une réponse de survie du système nerveux.
Elle génère aussi de la honte. La conviction que quelque chose ne va pas en soi. Que l'on est cassé(e), abîmé(e), incapable de ce que les autres vivent naturellement.
Et elle génère de la solitude. Parce qu'on n'ose pas en parler, ni au médecin, ni au partenaire, ni aux amies.
Pour le couple, la douleur crée une distance qui s'installe silencieusement. Le partenaire ne comprend pas toujours ce qui se passe. Il ou elle peut interpréter le retrait comme un manque d'intérêt. Les non-dits s'accumulent. Et la sexualité, peu à peu, disparaît du couple sans que personne ne l'ait vraiment choisi.
Quand consulter et qui voir
La réponse est simple : dès que la douleur apparaît et persiste.
Pas après six mois d'attente. Pas après avoir essayé de "s'y habituer". Pas en pensant que ça va passer tout seul.
Les professionnels à consulter en première intention sont le médecin généraliste ou le gynécologue. Selon la cause identifiée, le parcours peut ensuite inclure une sage-femme spécialisée en périnéologie, un kinésithérapeute pelvi-périnéal, un ostéopathe spécialisé, et un sexologue ou un psychologue, un sexothérapeute spécialisé dans les douleurs sexuelles.
L'approche multidisciplinaire n'est pas un luxe et c'est souvent la seule façon de traiter efficacement une douleur qui a des composantes à la fois physiques et psychologiques.
💡 Ce que dit la science En 2025, une plateforme pluridisciplinaire dédiée à la santé sexuelle a été inaugurée à Paris avec une équipe mixte associant sexologue, sage-femme et kinésithérapeute. Les résultats préliminaires montrent 89 % de satisfaction après trois mois de prise en charge. Ce modèle confirme ce que la littérature scientifique établit depuis plusieurs années : la prise en charge isolée (uniquement médicale ou uniquement psychologique) est moins efficace que l'approche intégrée.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Parlez-en à votre médecin ou gynécologue. Soyez précise sur la localisation, le type de douleur, le moment où elle apparaît. Ces informations sont cruciales pour orienter le diagnostic.
Utilisez un lubrifiant. Pour les dyspareunies liées à la sécheresse vaginale, le lubrifiant est souvent la première solution simple et efficace. Choisissez un lubrifiant à base d'eau ou de silicone, compatible avec les préservatifs.
Parlez-en à votre partenaire. Pas nécessairement pendant le rapport dans un moment calme, en dehors. Expliquer ce que vous ressentez permet à l'autre de comprendre, d'adapter, et de ne pas interpréter votre retrait comme un rejet.
Explorez d'autres formes d'intimité. La sexualité ne se limite pas à la pénétration. Réinventer l'intimité autour de ce qui ne fait pas mal caresses, tendresse, jeux sexuels non pénétratifs permet de maintenir la connexion avec votre partenaire sans renforcer le cercle douleur-évitement.
Demandez un accompagnement en sexothérapie si la douleur a déjà eu un impact sur votre désir, votre rapport à votre corps ou votre relation de couple. Le travail thérapeutique ne remplace pas le traitement médical, il le complète.
Trois questions pour vous
1. Si vous souffrez ou avez souffert pendant le sexe — l'avez-vous dit à votre médecin ? Si la réponse est non, posez-vous la question de ce qui vous en empêche. La honte ? La peur de ne pas être prise au sérieux ? Le fait de penser que c'est normal ? Chacune de ces raisons mérite d'être regardée.
2. Comment votre partenaire vit-il ou elle cette situation — et le sait-il vraiment ? Beaucoup de partenaires ignorent la douleur parce qu'elle n'a jamais été nommée. Cette conversation, aussi difficile qu'elle soit à avoir, est souvent libératrice pour les deux.
3. Est-ce que vous avez commencé à éviter l'intimité — et depuis combien de temps ? L'évitement est la réponse naturelle à la douleur. Mais il entretient le problème en renforçant l'anxiété anticipatoire et en creusant la distance dans le couple.
Ce que je voudrais que vous reteniez
Avoir mal pendant le sexe n'est pas une fatalité. Ce n'est pas votre faute. Ce n'est pas dans votre tête. Et ce n'est pas quelque chose que vous devez endurer en silence.
La douleur est un signal. Elle dit que quelque chose mérite d'être regardé, soigné, accompagné.
Et il existe des solutions. Pour presque toutes les causes. À presque tous les stades.
Le premier pas, c'est de dire que ça fait mal.
📬 Cet article vous parle ? Recevez chaque semaine de nouvelles clés de compréhension sur la sexualité et le couple : S'abonner !
Coralie Meneec — Sexothérapeute & Thérapeute de couple Le Petit Q — Mieux vous connaître pour mieux aimer 💛
Sources : Mitchell K.R. et al. (2017). Painful sex in women: prevalence and associated factors. BJOG. | Banaei M. et al. (2021). Prevalence of dyspareunia postpartum. Meta-analyse, 22 études, 11 457 femmes. | Brichant G. et al. (2023). La dyspareunie féminine, pas un simple trouble fonctionnel. Université de Liège. | ScienceDirect (2021). Douleur et sexualité : repenser la place des kinésithérapeutes.



Commentaires