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Kink et BDSM : consentement, sécurité et cadre pour se lancer sereinement

Photo du rédacteur: Coralie Meneec
Coralie Meneec
5 sept.
5 min de lecture

Depuis le dernier article sur les fantasmes, plusieurs d'entre vous se sont posés la même question, sous des formes différentes : "D'accord, j'ai envie d'essayer, mais comment je fais pour que ce soit sain, et pas juste risqué ou improvisé ?" C'est exactement la bonne question à se poser, et elle mérite une réponse construite plutôt qu'un simple "parlez-en avant".

Le kink et le BDSM ne sont pas une zone de non droit où tout serait permis au nom du désir. C'est au contraire un des espaces de la sexualité où le consentement, la communication et la sécurité sont le plus explicitement mis en mots. Voici les bases pour poser un cadre sécurisant, que vous débutiez ou que vous cherchiez simplement à consolider vos pratiques.


Un couple adapte du bdsm
Kink et BDSM : consentement, sécurité et cadre pour se lancer sereinement


Une pratique bien plus commune qu'on ne le pense

Le BDSM regroupe des pratiques très variées : bondage, discipline, domination, soumission, sadisme et masochisme consentis. Le kink, plus large, désigne toute pratique ou attirance qui sort des scripts sexuels les plus classiques. Contrairement à une idée reçue encore répandue, la recherche ne trouve aucun lien entre la pratique du BDSM et un trouble psychologique quelconque.


Une étude néerlandaise menée auprès de 902 pratiquants de BDSM et 434 personnes d'un groupe témoin a comparé leurs profils psychologiques. Les pratiquants de BDSM se sont révélés moins névrosés, plus ouverts à l'expérience, moins sensibles au rejet, et avec un bien-être subjectif plus élevé que le groupe témoin. Les chercheurs concluent que le BDSM s'apparente à un loisir récréatif plutôt qu'à l'expression d'un trouble psychologique.

(Wismeijer et van Assen, The Journal of Sexual Medicine, 2013)



Le socle de tout : le consentement éclairé et continu

Le consentement en BDSM ne se donne pas une fois pour toutes. Ce n'est pas parce qu'une pratique a été acceptée hier, ou même il y a cinq minutes, qu'elle reste automatiquement valable maintenant. Chaque personne conserve, à tout moment, le droit de ralentir, de changer d'avis ou d'arrêter complètement, sans avoir à se justifier et sans que cela remette en cause la confiance entre les partenaires.

Ce consentement doit aussi être éclairé : chacun sait précisément ce qui va se passer, quels sont les risques, et ce qui est exclu d'office. Improviser une pratique jamais discutée en pensant que "ça devrait passer" n'est jamais une option acceptable, aussi excitant que cela puisse paraître sur le moment.



Les deux grands cadres de référence : SSC et RACK

Deux sigles reviennent constamment dans les communautés kink pour poser un cadre commun. SSC signifie "sain, sécuritaire et consenti" (Safe, Sane and Consensual) : la pratique doit rester sans danger réel, pratiquée en pleine conscience, et acceptée par toutes les personnes impliquées.

RACK, plus récent, signifie "risque conscient et accepté de façon consentie" (Risk Aware Consensual Kink). Cette approche reconnaît que certaines pratiques comportent un risque réel qui ne peut jamais être totalement supprimé, et met l'accent sur la pleine conscience de ce risque plutôt que sur une promesse de sécurité absolue. Aucun des deux cadres n'est "meilleur" que l'autre : ils s'appliquent simplement à des pratiques et à des sensibilités différentes, et beaucoup de couples piochent dans les deux selon les situations.



Négocier avant de commencer

Une discussion en amont, à tête reposée et hors de tout contexte sexuel, permet de poser deux catégories de limites. Les limites dures sont les pratiques totalement exclues, sans négociation possible, quel que soit le contexte. Les limites souples sont les pratiques qui suscitent de la curiosité, mais qui demandent davantage de confiance, de progressivité, ou un jour où l'on se sent particulièrement en confiance.

Cette discussion gagne aussi à aborder les envies profondes derrière chaque fantasme, comme évoqué dans l'article précédent : ce que chacun cherche à ressentir, pas seulement ce que chacun veut faire concrètement.



Le safeword, un outil et non un aveu de faiblesse

Le safeword (mot de sécurité) est un mot ou un signal convenu à l'avance, différent de "non" ou "arrête", qui peuvent faire partie du jeu de rôle sans signifier un véritable désir d'interrompre la scène. Beaucoup de pratiquants utilisent le système des feux de circulation : "vert" pour continuer, "orange" pour ralentir ou vérifier que tout va bien, "rouge" pour arrêter immédiatement, sans discussion ni justification.

Le safeword doit toujours être respecté instantanément, sans négociation et sans qu'aucune déception ne soit exprimée sur le moment. Son usage n'est jamais un échec ou un aveu de faiblesse. C'est au contraire la preuve que le cadre de confiance posé en amont fonctionne comme prévu.



L'aftercare, l'étape qu'on oublie trop souvent

Une scène intense, qu'elle soit physique ou émotionnelle, peut laisser des deux côtés une forme de vide ou de fragilité une fois terminée, parfois appelée "drop". L'aftercare désigne le temps consacré ensuite à se reconnecter : un câlin, de l'eau, des mots rassurants, simplement rester proches en silence. Ce temps n'est pas réservé à la personne qui tenait le rôle soumis. Celui ou celle qui dominait peut ressentir, elle aussi, le besoin d'être rassurée après la scène.



Progresser pas à pas

Il n'est jamais nécessaire de commencer par une pratique avancée ou un équipement spécialisé pour explorer le kink. Un bandeau, des liens souples, un jeu de rôle verbal suffisent largement pour commencer à explorer ce terrain, tester sa communication de couple sur le sujet, et construire progressivement la confiance nécessaire aux pratiques plus intenses, si l'envie s'en fait sentir.



Quand consulter un professionnel

Comme évoqué dans l'article sur les fantasmes, ce n'est jamais la pratique elle même qui doit questionner, mais sa fonction et son cadre. Une pratique qui implique des personnes non consentantes, qui provoque une souffrance durable, ou qui devient la seule voie possible vers la satisfaction mérite d'être abordée avec un sexologue ou une sexothérapeute. De même, un désaccord répété sur le respect du consentement au sein d'un couple est un signal à prendre au sérieux, et un accompagnement peut aider à retrouver un cadre commun serein.

Dans un prochain article, nous verrons comment aborder ses fantasmes avec son ou sa partenaire, sans malaise ni jugement, pour transformer cette discussion en moment de rapprochement plutôt qu'en source d'appréhension.



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Coralie Meneec — Sexothérapeute et Thérapeute de couple

Le Petit Q — Mieux vous connaître pour mieux (s')aimer 💛

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