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La sexualité après 60 ans : pourquoi on fait semblant que c'est fini

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 29 mai
  • 5 min de lecture

Il y a un silence étrange autour de la sexualité des personnes âgées. Pas un silence par discrétion. Un silence par effacement. Dans les médias, dans les représentations, dans les conversations ordinaires, la vie intime des plus de 60 ans est traitée comme si elle n'existait pas. Ou pire, comme si elle ne devait pas exister. Comme si arriver à un certain âge signifiait remettre les clés de son corps et de ses désirs à une case vide appelée "troisième âge".

Cet effacement n'est pas neutre. Il produit de la honte, de l'isolement, et souvent une vraie souffrance chez des personnes qui continuent de désirer, d'aimer, de chercher l'intimité, et qui ne trouvent nulle part un miroir qui leur ressemble.

Il est temps d'en parler autrement.



La sexualité après 60 ans : pourquoi on fait semblant que c'est fini
La sexualité après 60 ans : pourquoi on fait semblant que c'est fini


Ce que les chiffres disent vraiment

Une étude publiée en mars 2026 dans le Journal of Sex Research, menée par des chercheurs de l'Université du New Hampshire auprès de 100 adultes célibataires âgés de 60 à 83 ans, actifs sur des applications de rencontre, a produit un résultat remarquable dans sa clarté.

97 % des participants ont déclaré que la sexualité était importante pour eux dans le cadre d'une relation amoureuse. 72 % ont indiqué qu'ils ne voulaient pas s'engager dans une relation sans vie sexuelle.

Beaucoup de participants ont exprimé qu'une relation sans sexe ressemblerait davantage à une amitié, a déclaré Lauren Harris, professeure assistante à l'Université du New Hampshire et auteure principale de l'étude.

Ces données ne sont pas anecdotiques. Elles viennent contredire frontalement la représentation dominante selon laquelle le désir disparaît avec l'âge.


Ce que dit la science

L'étude de Harris et al. (2026, Université du New Hampshire, Journal of Sex Research) portait sur 100 adultes de 60 à 83 ans, tous actifs sur des plateformes de rencontre. 97 % d'entre eux ont déclaré que l'intimité sexuelle était essentielle dans une relation romantique. Les chercheurs soulignent que nous vivons une période inédite avec un nombre croissant d'adultes âgés célibataires, qui cherchent activement des relations incluant une dimension intime. (Harris, L. et al., Journal of Sex Research, mars 2026)



D'où vient ce tabou ?

Le tabou autour de la sexualité des personnes âgées est un phénomène culturel, pas biologique.

Il repose sur deux piliers profondément ancrés dans nos représentations collectives. Le premier, c'est l'association entre sexualité et jeunesse. Dans notre culture, le corps désirable est un corps jeune. La publicité, les films, les représentations médiatiques en font une règle implicite : le désir appartient aux 20-40 ans. Au-delà, le corps est supposé sortir du champ érotique. Le second, c'est l'association entre sexualité et reproduction. Pendant des siècles, la sexualité était légitimée par sa fonction reproductrice. Une fois cette fonction passée, la sexualité perdait sa raison d'être aux yeux d'une certaine morale sociale. Cette logique est aujourd'hui dépassée, mais ses traces culturelles persistent.

Ces deux piliers combinés produisent un effacement. Les personnes âgées qui expriment du désir ou une vie intime active sont souvent regardées avec étonnement, parfois avec malaise, comme si elles transgressaient une règle non écrite.


Ce que le vieillissement fait réellement au désir

Le vieillissement du corps a des effets réels sur la sexualité. Ignorer cela serait aussi inexact que de tout réduire à la biologie. Il s'agit d'être précis. Chez les femmes, la ménopause entraîne une baisse des œstrogènes qui peut provoquer une sécheresse vaginale, une modification de la lubrification, et parfois des douleurs pendant les rapports. Ces changements sont réels et méritent d'être pris en charge médicalement et sexothérapeutiquement. Ils ne signifient pas la fin du désir ou du plaisir. Chez les hommes, la baisse progressive de testostérone peut allonger la période réfractaire et modifier la rapidité de l'érection. Cela change la façon dont la sexualité se vit, pas son importance.

Dans les deux cas, ce que la recherche observe, c'est que les personnes qui maintiennent une vie intime active après 60 ans rapportent non seulement une satisfaction sexuelle réelle, mais aussi des bénéfices sur leur santé globale, leur bien-être psychologique et leur qualité de vie. Le désir n'a pas d'âge de péremption. Il a des besoins d'adaptation.



Ce que les couples de 60 ans et plus savent que les jeunes ignorent

Il y a quelque chose de précieux dans la sexualité telle qu'elle peut être vécue après 60 ans, et ce quelque chose mérite d'être nommé plutôt que moqué. La sexualité des personnes âgées est souvent une sexualité débarrassée de l'anxiété de performance. On n'est plus dans la démonstration, dans la comparaison, dans la pression de "bien faire". On est plus dans la présence, dans la tendresse, dans le plaisir pour lui-même. Elle est aussi souvent une sexualité plus communicante. Après des décennies de vie commune ou de relations, les personnes âgées ont souvent appris à mieux exprimer leurs besoins, à demander ce qui leur fait du bien, à accepter les limites sans les vivre comme des échecs. Et elle est, pour beaucoup, une sexualité chargée de sens. Le corps de l'autre est familier. Il a une histoire. Il porte des années de partage, de traversée commune. L'intimité n'est plus seulement érotique. Elle est aussi mémorielle, profondément humaine. C'est cela que la société efface quand elle nie la sexualité des personnes âgées. Pas seulement des actes. Toute une façon d'être vivant ensemble.



Pourquoi les professionnels de santé en parlent si peu

Un des obstacles majeurs à la prise en charge de la vie intime des seniors est le silence des professionnels de santé. Beaucoup de médecins n'abordent pas spontanément la question de la sexualité avec leurs patients de plus de 60 ans, partant du principe qu'elle n'est plus un sujet pertinent ou qu'elle pourrait gêner. Ce silence renforce l'idée que la sexualité n'a pas sa place après un certain âge. Les sexothérapeutes et les thérapeutes de couple spécialisés commencent à pallier ce manque, en accueillant des patients seniors avec les mêmes outils, la même bienveillance et la même rigueur que pour n'importe quel autre patient. Sans étonnement. Sans jugement. Parce que désirer à 65 ans est aussi légitime que désirer à 30 ans. Et parce que l'intimité est un besoin humain fondamental, qui ne s'éteint pas avec les décennies.


Ce que dit la science

Une méta-analyse publiée dans The Gerontologist (Fileborn et al., 2017) portant sur la sexualité des adultes de plus de 60 ans a montré que la grande majorité des personnes âgées sexuellement actives rapportent que leur vie sexuelle est source de plaisir, de connexion émotionnelle et d'un sentiment de vitalité. Les principaux obstacles à une vie intime satisfaisante après 60 ans ne sont pas biologiques, mais sociaux : le manque de partenaire disponible, la honte liée aux normes culturelles, et l'absence de soutien médical adapté. (Fileborn, B. et al., The Gerontologist, 2017)


Dans un prochain article, nous explorerons ce que la ménopause fait réellement au désir féminin, et comment la sexothérapie peut accompagner cette transition.


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Coralie Meneec

Sexothérapeute et Thérapeute de couple

Le Petit Q

Mieux vous connaître pour mieux (s')aimer 💛


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Les sources :

- Harris et al. (2026), Journal of Sex Research, Université du New Hampshire via EurekAlert (mars 2026).

- Fileborn et al. (2017), The Gerontologist Google Scholar.

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