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Romance et intimité après 60 ans : ce que la science dit enfin

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 21 mai
  • 6 min de lecture

Il y a des questions qu'on ne pose pas aux personnes âgées. Pas parce qu'elles seraient indiscrètes. Parce qu'on suppose que la réponse est connue d'avance : passé un certain âge, tout ça, c'est terminé.

Cette supposition est fausse. Et une étude publiée en 2026 dans le Journal of Sex Research vient de le démontrer avec une précision qui mérite qu'on s'y arrête.

Ce n'est pas une étude de plus sur le vieillissement. C'est une étude sur ce que les personnes âgées désirent vraiment, dans leur propre voix, sans filtre ni projection. Et ce qu'elles disent devrait nous obliger à revoir profondément la façon dont nous pensons l'intimité, l'amour et le corps qui vieillit.


Romance et intimité après 60 ans : ce que la science dit enfin

L'étude qui change le regard

Des chercheurs de l'Université du New Hampshire, sous la direction de Lauren Harris, professeure assistante en développement humain et études familiales, ont mené des entretiens approfondis avec 100 adultes célibataires âgés de 60 à 83 ans, tous actifs sur des applications de rencontres.

Les résultats sont sans équivoque.

97 % des participants ont souligné l'importance de la sexualité dans une relation amoureuse. 72 % ont indiqué qu'ils ne s'engageraient pas dans une relation dépourvue de dimension sexuelle.

"Beaucoup de participants ont exprimé qu'une relation sans sexe ressemblerait davantage à une amitié", a déclaré Lauren Harris. "Ils cherchaient de la romance et une connexion physique, et considéraient l'intimité sexuelle comme essentielle à leur relation."

Ce n'est pas un témoignage marginal. C'est une réalité exprimée par 97 personnes sur 100, dans une tranche d'âge que la société a longtemps exclue du champ du désir.

Ce que dit la science L'étude de Harris et al. (2026, Université du New Hampshire), publiée dans le Journal of Sex Research, a mené des entretiens qualitatifs approfondis avec 100 adultes célibataires de 60 à 83 ans, actifs sur des plateformes de rencontres. 97 % ont mis en avant l'importance de la sexualité dans une relation romantique, et 72 % ont indiqué ne pas vouloir s'engager dans une relation sans activité sexuelle. L'étude est disponible sur PubMed (PMID 41626950). (Harris, L. et al., Journal of Sex Research, mars 2026)

Pourquoi cette étude arrive maintenant

Lauren Harris le dit clairement dans sa présentation de l'étude : "Nous avons simplement plus d'adultes âgés célibataires aujourd'hui que nous n'en avons jamais eu. Historiquement, quelqu'un pouvait se retrouver veuf ou divorcé plus tard dans la vie et rester célibataire cinq ou dix ans. Aujourd'hui, cette période peut durer trente ans. Et ça change fondamentalement la façon dont on pense aux relations et aux partenaires."

Ce constat démographique est important. Le vieillissement de la population, combiné à l'allongement de l'espérance de vie et à l'augmentation du taux de divorce chez les plus de 50 ans, a créé une réalité nouvelle : des millions de personnes âgées, actives, désirantes, en quête de relation intime, pour qui les représentations dominantes ne prévoient aucune place.

La recherche commence seulement à s'emparer de cette réalité. Et ce qu'elle trouve est systématiquement en contradiction avec les clichés.



S'adapter, pas renoncer

L'un des aspects les plus précieux de cette étude, c'est ce qu'elle révèle sur la façon dont les seniors envisagent les changements liés à l'âge dans leur vie intime.

Contrairement à l'idée reçue selon laquelle les transformations corporelles du vieillissement conduisent inévitablement au retrait de la sexualité, les participants ont exprimé une ouverture remarquable à l'adaptation.

Adaptation par le soutien médical, en cherchant des traitements pour les difficultés liées à l'âge (sécheresse vaginale, modifications de l'érection) plutôt qu'en les acceptant comme une fatalité. Adaptation en redéfinissant l'intimité, en élargissant ce qui compte comme sexualité au-delà de la pénétration, en intégrant tendresse, sensualité et connexion émotionnelle comme parties entières de la vie intime. Adaptation en ajustant les attentes autour de la fréquence ou de l'intensité, sans pour autant y renoncer.

Cette posture n'est pas la résignation. C'est une forme de sagesse pratique : garder le désir vivant en faisant évoluer la forme qu'il prend, plutôt qu'en le sacrifiant aux contraintes.

C'est quelque chose que les couples plus jeunes, souvent enfermés dans une définition très étroite de ce que doit être la sexualité, auraient tout intérêt à apprendre.



Les obstacles réels : pas ceux qu'on croit

Si les seniors font face à des défis dans leur vie intime, l'étude pointe vers des obstacles largement sociaux et contextuels, pas uniquement biologiques.

Le premier obstacle, et le plus souvent mentionné, est le manque de partenaires disponibles. Les femmes âgées sont statistiquement plus nombreuses que les hommes dans les mêmes tranches d'âge. Cette asymétrie démographique crée une réalité concrète pour de nombreuses femmes de plus de 60 ans : trouver un partenaire désireux d'une relation intime est objectivement plus difficile.

Le deuxième obstacle, moins souvent nommé mais tout aussi réel, est la honte sociale. Exprimer du désir après 70 ans peut encore susciter de la condescendance, du rire, ou un silence gêné dans l'entourage. Cette honte intériorisée pousse certaines personnes à taire leurs besoins, à renoncer à chercher, à se conformer à l'image qu'on attend d'elles.

Le troisième obstacle est le silence des professionnels de santé. Beaucoup de médecins n'abordent pas spontanément la question de la sexualité avec leurs patients âgés, privant ces derniers d'informations médicales et d'orientations thérapeutiques qui pourraient transformer leur qualité de vie.


Ce que dit la science Les chercheurs de l'Université du New Hampshire soulignent également un enjeu de santé publique souvent ignoré : les infections sexuellement transmissibles sont en augmentation dans les populations âgées. Cette réalité, directement liée à l'activité sexuelle des seniors, est rarement prise en compte dans les campagnes de prévention, qui ciblent quasi exclusivement les jeunes adultes. (Harris, L. et al., Journal of Sex Research, mars 2026)


Ce que ça dit de nous tous

Cette étude ne parle pas uniquement des personnes de 60 ans et plus. Elle parle de ce que nous faisons collectivement avec le désir et avec le corps qui vieillit.

Nous vivons dans une culture qui associe si profondément sexualité et jeunesse qu'elle a fini par rendre invisible tout ce qui sort de ce cadre. Le corps de la personne âgée n'est pas représenté comme un corps désirable ou désirant. Il est représenté comme un corps malade, fatigué, ou transparent.

Ce n'est pas la réalité. C'est un choix culturel. Et comme tous les choix culturels, il peut être questionné et transformé.

Quand une personne de 75 ans dit que l'intimité reste essentielle pour elle, elle ne transgresse pas une loi naturelle. Elle habite pleinement son humanité. Et c'est nous, collectivement, qui avons décidé que cela devait rester invisible.

Changer ce regard, c'est permettre à des millions de personnes de vieillir sans avoir à se taire sur ce qui leur importe. C'est aussi, pour ceux d'entre nous qui ne sont pas encore là, commencer à imaginer ce que signifie désirer et aimer sur toute la durée d'une vie.



Ce que la sexothérapie peut faire

En cabinet, les sexothérapeute accompagne parfois des personnes de 60, 70 ans ou plus qui viennent consulter pour des difficultés dans leur vie intime. Ce qui frappe toujours dans ces consultations, c'est le soulagement que produit le simple fait de pouvoir en parler, sans être jugé, sans être regardé avec étonnement.

Beaucoup n'ont jamais eu cet espace. Ni avec leur médecin. Ni avec leurs proches. Parfois même pas avec leur partenaire.

La sexothérapie, pour les seniors comme pour tout le monde, commence par là : créer un espace où le désir a le droit d'exister, quel que soit l'âge. Et ensuite accompagner, avec les outils adaptés, ce qui peut évoluer, s'adapter, se rouvrir.

Parce que désirer à 70 ans est aussi légitime que désirer à 30 ans. Et que l'intimité est un besoin humain fondamental, qui ne se périme pas.

Dans un prochain article, nous explorerons ce que la ménopause fait réellement au désir féminin, et comment la sexothérapie peut accompagner cette transition avec douceur et efficacité.

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Coralie Meneec

Sexothérapeute et Thérapeute de couple

Le Petit Q

Mieux vous connaître pour mieux (s')aimer 💛



Harris, L. et al. (2026), Journal of Sex Research, Université du New Hampshire. PubMed PMID 41626950. Communiqué de presse officiel EurekAlert vérifié (3 mars 2026). Chiffres 97 % et 72 % confirmés à la source. Source béton.

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