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Ce que votre façon d'aimer dit de votre enfance (et vous ne le savez pas)

  • Photo du rédacteur: Coralie Meneec
    Coralie Meneec
  • 1 avr.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 avr.

Vous avez peur d'être abandonné(e). Ou au contraire, vous fuyez dès que quelqu'un se rapproche trop. Ou vous alternez entre les deux, parfois dans la même semaine, sans comprendre pourquoi.

Ce n'est pas un défaut de caractère. Ce n'est pas de l'instabilité émotionnelle. Ce n'est pas une malchance relationnelle.

C'est votre enfance qui parle encore, des décennies plus tard, dans chacune de vos relations amoureuses. Et la science a un nom pour ça.


Vous avez peur d'être abandonné(e). Ou au contraire, vous fuyez dès que quelqu'un se rapproche trop.

Ce que John Bowlby a découvert il y a soixante-dix ans

Dans les années 1950, le psychiatre britannique John Bowlby observe quelque chose que personne avant lui n'avait formulé avec cette clarté : les bébés humains ne naissent pas seulement avec un besoin de nourriture et de chaleur physique. Ils naissent avec un besoin biologique de connexion émotionnelle un besoin de savoir qu'un adulte fiable et prévisible est disponible pour eux.

Ce besoin n'est pas secondaire. Il est aussi fondamental que la faim ou la soif. Et quand il est satisfait de façon consistante pas parfaite, pas idéale, juste suffisamment régulière l'enfant développe ce que Bowlby appelle une base de sécurité intérieure.

Une conviction profonde, presque inconsciente, que le monde est un endroit globalement sûr. Que les autres sont globalement fiables. Qu'il mérite d'être aimé. Que quand quelque chose va mal, il peut demander de l'aide et l'obtenir.


Quand ce besoin n'est pas comblé parce que la figure d'attachement est absente, inconstante, imprévisible, ou parfois effrayante, l'enfant fait quelque chose de remarquable : il s'adapte. Il développe des stratégies pour gérer l'insécurité affective de son environnement.

Ces stratégies sont intelligentes. Elles ont permis à l'enfant de survivre émotionnellement. Et elles deviennent, à l'âge adulte, votre façon d'aimer.

💡 Ce que dit la science La théorie de l'attachement de Bowlby (1969) a été étayée par des décennies de recherche. Mary Ainsworth, dans les années 1970, a mis en évidence expérimentalement quatre styles d'attachement chez les enfants et des chercheurs comme Hazan & Shaver (1987) ont démontré que ces styles se reproduisent de façon significative dans les relations amoureuses adultes. Le style d'attachement prédit la façon dont on gère la proximité, la distance, le conflit, et la vulnérabilité dans une relation.

Les 4 styles d'attachement, lequel est le vôtre ?


💚 L'attachement sécure : "Je peux aimer sans me perdre"

Vous avez grandi avec des figures d'attachement suffisamment disponibles et prévisibles. Pas des parents parfaits mais des adultes qui étaient globalement là, qui répondaient à vos besoins émotionnels de façon cohérente.

Adulte, vous pouvez vous rapprocher des autres sans que cela déclenche une alarme intérieure. Vous pouvez aussi être seul(e) sans vous effondrer. Vous faites confiance pas naïvement, mais naturellement. Vous exprimez vos besoins sans avoir honte de les avoir. Quand une relation se termine, vous souffrez, mais vous savez que vous allez vous en remettre.

Environ 50 à 60 % des adultes présentent un attachement sécure. Si c'est votre cas, c'est une ressource précieuse. Gardez-la consciente elle peut être fragilisée par des relations difficiles ou des traumatismes.


🟡 L'attachement anxieux : "Prouve-moi que tu m'aimes encore"

Votre figure d'attachement était là mais de façon imprévisible. Parfois chaleureuse et disponible, parfois absente ou débordée. Vous n'avez jamais su exactement à quoi vous attendre. Cette imprévisibilité a appris quelque chose de très précis à votre système nerveux : l'amour est quelque chose qui peut disparaître sans prévenir, donc il faut le surveiller en permanence.

Adulte, vous êtes très sensible aux petits changements de distance ou d'humeur de votre partenaire. Un message qui tarde, un soir où il ou elle semble distante(e), une conversation plus courte que d'habitude et votre système d'alarme s'active. Vous avez souvent l'impression d'aimer plus que l'autre. Vous cherchez des confirmations d'amour de façon régulière.

Ce n'est pas de la jalousie pathologique. Ce n'est pas de la manipulation. C'est un système nerveux qui a appris très tôt que l'amour était instable et qui reste en état d'alerte pour ne plus jamais être pris par surprise.


🔵 L'attachement évitant : "Je préfère ne pas avoir besoin de toi"

Votre figure d'attachement était présente physiquement mais peu disponible émotionnellement. Elle répondait bien à vos besoins pratiques mais moins à vos besoins affectifs. Ou peut-être que montrer vos émotions n'était pas encouragé, voire sanctionné. Vous avez appris que compter sur les autres créait de la déception alors vous avez arrêté de compter sur eux.

Adulte, vous valorisez profondément votre indépendance. Vous êtes souvent perçu(e) comme fort(e), autonome, capable. L'intimité vous met parfois mal à l'aise. Quand quelqu'un se rapproche trop, vous ressentez un besoin inexplicable de prendre de l'espace. Vous préférez résoudre vos problèmes seul(e). Et vous pouvez avoir du mal à comprendre pourquoi les autres ont autant besoin de connexion.

Ce n'est pas de la froideur. Ce n'est pas du désintérêt. C'est une protection que vous avez construite très tôt et qui aujourd'hui vous protège aussi de ce dont vous avez profondément besoin.


🔴 L'attachement désorganisé : "J'ai besoin de toi et j'ai peur de toi"

C'est le style le plus complexe, et souvent le plus douloureux à vivre. Votre figure d'attachement était elle-même une source de peur par des comportements imprévisibles, effrayants, ou par des traumatismes non résolus qui se transmettaient inconsciemment.

Adulte, vous vous retrouvez dans une contradiction permanente : vous avez un besoin profond de connexion, mais l'intimité vous terrifie en même temps. Vous pouvez vous retrouver dans des relations instables, alterner entre fusion et rejet, avoir du mal à faire confiance même quand vous le voulez vraiment.

Ce n'est pas de la folie. C'est la réponse logique et cohérente d'un enfant qui a dû se protéger de la seule personne qui était censée le protéger.


💡 Ce que dit la science Une méta-analyse de Mikulincer & Shaver (2007) portant sur des centaines d'études confirme que le style d'attachement adulte prédit de façon significative la satisfaction relationnelle, la façon de gérer les conflits, la régulation émotionnelle dans la relation, et même la qualité de la vie sexuelle. L'attachement anxieux est associé à une plus grande réactivité aux conflits et à un besoin accru de réassurance. L'attachement évitant est associé à une distance émotionnelle défensive et à des difficultés à exprimer les besoins. L'attachement désorganisé est corrélé avec les patterns relationnels les plus instables.

Ce que ces styles créent dans vos relations adultes

Regardons quelques patterns concrets qui deviennent lisibles à travers cette grille.

Le couple anxieux-évitant est l'un des plus fréquents en thérapie et l'un des plus douloureux pour les deux partenaires. L'anxieux se rapproche, cherche du contact, demande de la réassurance. L'évitant se sent étouffé et prend de la distance. L'anxieux se rapproche davantage, alarmé par ce recul. L'évitant recule encore plus. Les deux souffrent. Aucun des deux ne comprend vraiment pourquoi l'autre réagit comme ça.

La peur de l'engagement est souvent un attachement évitant qui n'a pas encore été nommé. Ce n'est pas que la personne ne veut pas aimer c'est que l'amour a été associé à de la douleur ou à de la déception suffisamment tôt pour que la proximité soit devenue menaçante.

La jalousie chronique est souvent un attachement anxieux dont le système d'alarme est hypersensible. Ce n'est pas de la possessivité au sens caractériel du terme. C'est de la peur de la perte, exprimée de façon maladroite parce que personne n'a jamais appris à cette personne à réguler cette peur autrement.

La répétition de relations douloureuses est souvent caractéristique d'un attachement désorganisé. On reproduit inconsciemment des dynamiques familières même quand elles sont souffrantes parce que le familier ressemble à de l'amour pour notre système nerveux.



La bonne nouvelle, et elle est grande

Votre style d'attachement n'est pas une condamnation à vie.

La recherche est claire sur ce point : le style d'attachement est relativement stable, mais pas immuable. Il peut évoluer. Avec une relation sécurisante qu'elle soit amoureuse, thérapeutique, ou amicale profonde. Avec une meilleure compréhension de ses propres mécanismes. Avec un travail ciblé.

Mary Main (1990) a montré qu'il est possible de développer ce qu'elle appelle un attachement sécure "acquis" même sans l'avoir eu dans l'enfance. Et Sue Johnson, créatrice de l'EFT (Emotionally Focused Therapy), a démontré que la thérapie de couple peut modifier durablement les représentations d'attachement des deux partenaires.

Ce qui est appris peut être désappris. Ce qui a été construit peut être reconstruit.



Trois questions pour explorer votre style


1. Comment je réagis quand mon partenaire prend de la distance même légèrement ? La réponse révèle beaucoup : anxiété et recherche de contact (anxieux), soulagement ou indifférence (évitant), panique mêlée d'envie de fuir (désorganisé), relative sérénité (sécure).


2. Quelle est la chose la plus difficile à demander dans une relation ? De l'aide, de la tendresse, de l'espace, de la confiance, de la stabilité ? Ce que vous ne pouvez pas demander dit souvent ce dont vous avez le plus besoin.


3. Est-ce que je me reconnais dans l'un de ces styles et si oui, d'où ça vient selon moi ? Pas pour accuser votre passé. Pour le comprendre. La compréhension est le premier pas vers le changement.



Ce que je voudrais que vous reteniez

Votre façon d'aimer n'est pas le fruit du hasard. Elle a été façonnée très tôt, sans que vous puissiez choisir par les relations que vous avez eues avec les personnes qui devaient vous protéger et vous aimer.

Cette façon d'aimer vous a servi. Elle vous a permis de survivre émotionnellement dans votre environnement d'enfant.

Mais aujourd'hui, vous n'êtes plus cet enfant. Et vous pouvez choisir pas du jour au lendemain, pas sans effort de construire une façon d'aimer qui vous convient davantage.

La première étape, c'est simplement de nommer ce que vous faites. Parce que ce qu'on voit, on peut commencer à le travailler.



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Coralie Meneec

Sexothérapeute & Thérapeute de couple

Le Petit Q

Mieux vous connaître pour mieux (s')aimer 💛




Sources : Bowlby J. (1969). Attachment and Loss, Vol. 1. Basic Books. | Ainsworth M. et al. (1978). Patterns of Attachment. Erlbaum. | Hazan C. & Shaver P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. JPSP. | Mikulincer M. & Shaver P. (2007). Attachment in Adulthood. Guilford Press. | Johnson S.M. (2004). The Practice of Emotionally Focused Couple Therapy. Brunner-Routledge.

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